L'opinion d'un des 260 000 Gatinois

Le projet Place des peuples... (Courtoisie, Brigil)

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Le projet Place des peuples

Courtoisie, Brigil

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Le centre-ville de Gatineau semble être sur le respirateur artificiel, maintenu en vie par l'afflux de fonctionnaires qui y convergent le matin pour mieux le quitter le soir.

Personne n'y voit un espace rassembleur, générateur de fierté, référence commune des Gatinois. Mais voilà, après des années de purgatoire, le Vieux-Hull devient centre-ville. Des bâtiments se construisent, des résidents y emménagent, des événements s'y tiennent...  

Le développement est un processus complexe, qui peut faire l'objet de vives tensions entre des visions parfois contradictoires. Les réactions au projet Place des peuples le montrent bien. En réaction aux opposants, le porte-parole de Brigil déclarait que la grande majorité des 260 000 Gatinois profiteraient du projet et lui seraient favorables.

Mon objectif n'est pas de parler au nom de tous les Gatinois qui ont, bien évidemment, des opinions diversifiées. Mais la déclaration me semble être un bon prétexte pour discuter des retombées collectives du développement du centre-ville et, je l'espère, alimenter un débat qui concerne tous les Gatinois.

Intérêts particuliers

Brigil sous-entend que les opposants au projet défendent des intérêts particuliers. C'est une position plutôt paradoxale venant d'une entreprise qui a grandement contribué à l'étalement urbain de Gatineau, une forme de développement dont les bénéfices ne sont appréciés que par une poignée de propriétaires. L'étalement urbain impose aussi des dépenses publiques importantes tout en fragmentant et désolidarisant la communauté.

Quoi qu'il en soit, Place des peuples n'implique pas les conséquences collectives négatives de l'étalement urbain. Mais est-il pour autant profitable pour 260 000 Gatinois? 

Le premier argument tenu par le promoteur concerne le sentiment d'appartenance. Dans sa brochure promotionnelle, le projet est présenté comme un « édifice iconique », « une source de fierté citoyenne », « un projet rassembleur » qui exprime « l'attachement local ». Il serait donc un investissement dans Gatineau, pour les Gatinois. 

Il est impossible de prédire l'impact identitaire qu'aurait Place des peuples. On peut penser à la relation amour-haine entre les Montréalais et leur Stade olympique. Il est définitivement trop tôt pour conclure. Rappelons qu'un collectif d'artistes (dont Zola et Maupassant) avait publié une lettre ouverte « contre l'érection, en plein coeur de notre capitale, de l'inutile et monstrueuse tour Eiffel ».

Rassembleur?

Place des peuples peut être un projet rassembleur par ses références à la nature (évocation du végétal, certification LEED) et aux peuples (notamment autochtones). Mais pour y arriver, le projet et la campagne de promotion devront être ajustés, accordant plus de considérations aux aspirations variées des Gatinois. Ce n'est pas en imposant sa vision qu'on construit un espace commun et qu'on développe un sentiment d'appartenance.

Ce que je souhaite pour le centre-ville de Gatineau, c'est qu'il m'offre la possibilité de magasiner dans des rues où des commerçants locaux ont pignons sur rue. J'ai déjà accès à suffisamment de magasins à grande surface ailleurs. J'aimerais pouvoir m'y promener dans une ambiance agréable, soutenue par des résidants fiers. J'aimerais pouvoir y voir un spectacle, y apprécier une culture générée par des artistes locaux. Bref, j'aimerais profiter d'une ambiance toute gatinoise et suffisamment agréable pour donner le goût aux Ottaviens et aux touristes de se joindre à nous.

Mais ça, c'est mon opinion... l'opinion d'un des 260 000 Gatinois.

L'auteur, Mathieu Charron, est professeur au Département des sciences sociales à l'Université du Québec en Outaouais.

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