La paix, unique solution à la crise des réfugiés

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Certains pays, comme le Liban et ses 1,4 million de réfugiés, ont déjà atteint leur pleine capacité.

Hassan Ammar, Archives AP

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Au nord du Liban, par une journée froide et venteuse, j'ai rencontré Raed et sa famille ­- des réfugiés chrétiens de Syrie. «Depuis trois ans, nous combattons la faim et nous sommes témoins d'atrocités inimaginables», m'a-t-il dit lors de mon dernier passage dans cette région.

Pour le bien de ses enfants, il souhaite désespérément pouvoir se rendre au Canada ou en Europe. Mais en fait, n'importe où fera l'affaire.

Alors que le Canada commence à accueillir 25 000 réfugiés syriens (d'ici la fin de février), il n'y a aucune paix en vue au Moyen-Orient. Le groupe armé État islamique semble aussi puissant qu'il l'était il y a un an, malgré d'intenses bombardements des pays alliés. En réalité, vaincre l'ÉI ne sera possible que s'il existe une volonté politique d'instaurer une paix durable en Irak et en Syrie.

Le Canada réalise un magnifique geste humanitaire en appliquant la bonne politique d'accueillir les réfugiés syriens, mais l'absence de paix et l'intensification de l'instabilité politique nous annoncent l'arrivée d'encore plus de réfugiés aux portes de la communauté internationale.

À bout de ressources

Est-ce que le Canada et l'Occident pourront accueillir davantage de réfugiés au cours des prochaines années? Est-ce que la communauté internationale sera en mesure de continuer à porter secours aux millions de nouveaux réfugiés qui se trouvent toujours au Moyen-Orient? Certains pays, comme le Liban et ses 1,4 million de réfugiés, ainsi que la Jordanie, qui en a un million de son côté, ont déjà atteint leur pleine capacité. Les camps de réfugiés sont bondés et misérables. Les pays d'accueil sont à bout de ressources et de patience.

Le Saint-Siège rapporte que les organismes de bienfaisance catholiques du monde entier ont apporté une aide gigantesque de 126 millions $US en 2014 pour faire face à la crise humanitaire en Irak et en Syrie, ­ portant ainsi assistance à plus de quatre millions de personnes. C'est pourtant loin d'être suffisant, et il sera difficile de maintenir ce rythme.

La paix et la stabilité sont les seules solutions durables.

Guerre rentable

Quoi qu'il en soit, le processus de paix est influencé par l'horrible vérité: la guerre est rentable pour les pays dotés de puissantes industries d'armement. La suprématie du pétrole et la manipulation sont aussi en jeu.

Le conflit qui persiste entre les musulmans chiites et sunnites pour contrôler la région constitue un autre facteur d'importance.

Sans oublier la Russie et les États-Unis, qui essaient de reprendre leur ascendant sur la région, et il semble que cette quête de suprématie politique ira en s'intensifiant au cours des années qui viennent, au détriment de ceux qui se retrouvent en plein centre du conflit.

Le pape François a répété en de nombreuses occasions ces derniers mois que les dirigeants politiques semblent plus intéressés par le pétrole et l'armement que par le bien-être des populations. «Pendant qu'ils parlent de paix et de justice, ils permettent aux trafiquants de la mort d'exploiter ce territoire.»

Au Canada, bien que le nouveau gouvernement fasse un pas dans la bonne direction en accueillant un nombre croissant de réfugiés et en cessant les frappes aériennes en Irak et en Syrie, le véritable test se situe dans la façon dont le premier ministre Trudeau relèvera l'impérieux défi d'instaurer une paix durable au Moyen-Orient et ailleurs.

Pendant ce temps, plusieurs organismes, dont l'Association catholique d'aide à l'Orient, font de leur mieux pour répondre aux besoins élémentaires de millions de gens, comme Raed et sa famille, et pour qu'ils puissent vivre dans la dignité en attendant une solution. Ils aimeraient pouvoir regagner leur propre maison, mais si la paix n'y est plus, ils préfèrent avoir un logis qui soit le plus loin possible des horreurs de la guerre.

L'auteur, Carl Hétu, est directeur national canadien de l'Association catholique d'aide à l'Orient (CNEWA).

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