Les condos Zibi: la contestation s'intensifie

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Le 19 novembre dernier, l'Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador a adopté une résolution dénonçant le projet Zibi.

Martin Roy, Archives LeDroit

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Le 19 novembre dernier, les chefs de l'Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador adoptaient une résolution dénonçant le projet de condos Zibi de la compagnie Windmill.

Ce projet occupe les deux rives de la rivière des Outaouais, ainsi que les chutes de la Chaudière et les îles Albert et Victoria. Ce lieu est connu des Algonquins sous le nom de Akikodjiwan. Ce territoire n'a jamais fait l'objet d'une cession de la part des autochtones, ni même d'un traité.

Il ne fait aucun doute qu'un développement immobilier qui viserait à unifier les rives québécoises et ontariennes est très souhaitable. Entre autres, ce serait une excellente manière de consolider l'intégration de Gatineau et Ottawa. Il fait peu de doute non plus que le centre-ville de Gatineau gagnerait à un tel projet afin de panser les plaies laissées par le développement urbain orienté sur le béton plutôt que sur les êtres humains.

Mais dans la mémoire collective des Premières Nations de la région, ce lieu occupe une fonction sacrée depuis des temps immémoriaux. Des recherches archéologiques ont également démontré que Akikodjiwan est un lieu de convergence pour les nations algonquines et iroquoïennes. Ainsi, feu Grand-Père William Commanda, avait comme projet d'y établir une ambassade, face au parlement du Canada, afin de renforcer les liens de nation à nation. Il a reçu la vision de cette ambassade du Créateur. En ce sens, pour la cosmogonie algonquine, Zibi ouvrirait donc une brèche dans l'organisation du monde terrestre et divin.

Le récent rapport final de la Commission de vérité et réconciliation du Canada concluait, entre autres, au besoin «de rejeter les concepts ayant servi à justifier la souveraineté européenne sur les peuples et les territoires autochtones» et à la nécessité de «s'engager à tenir des consultations significatives, établir des relations respectueuses et obtenir le consentement libre, préalable et éclairé des peuples autochtones avant de lancer des projets de développement économique».

Si certains chefs algonquins ont été consultés par Windmill, le processus est dénoncé par plusieurs. Parmi eux, l'architecte de renommée internationale Douglas Cardinal a émis des sérieux doutes quant à la sincérité de la consultation préalable. Pour aller dans le sens des conclusions de la Commission, Windmill devrait démontrer sa réelle volonté de consulter l'ensemble de la nation algonquine et de mettre en place les résultats d'une telle consultation, et ce, quels qu'ils soient.

Seulement, actuellement, la compagnie semble être plus pressée de vendre des condos. Cela a comme effet de fragmenter le titre de propriété actuel, basé sur une appropriation du territoire autochtone, en des centaines de nouveaux titres de copropriété. Une contestation devant les tribunaux serait ainsi infiniment plus complexe. Malheureusement, dans ce cas, il ne faut pas se surprendre si les Autochtones ont l'impression que les tribunaux protègent une fois encore la «souveraineté européenne» sur leur territoire.

L'auteur, Dimitri della Faille, est professeur au département des sciences sociales de l'Université du Québec en Outaouais.

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