Et pourtant nous sommes en 2015!

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Le nouveau président du Sénat George Furey ne maîtrise pas le français.

La Presse Canadienne

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En nommant la semaine dernière un unilingue anglophone à la présidence du Sénat du Canada, le premier ministre Justin Trudeau envoie un message fort désolant aux francophones de partout au pays. Près de 50 ans après l'adoption de la Loi sur les langues officielles (ironiquement, sous Trudeau père), la maîtrise du français n'est toujours pas considérée comme une compétence essentielle pour diriger les travaux de la chambre haute du Canada.

Je ne remets nullement en question l'expérience ni les nombreuses compétences du sénateur George Furey. Mais il lui manque une compétence fondamentale, celle de pouvoir communiquer dans les deux langues officielles de notre pays. Et le fait qu'il s'engage maintenant à poursuivre son apprentissage du français n'y change rien. M. Furey siège au Sénat depuis 16 ans, plus de temps qu'il n'en faut pour apprendre une autre langue quand on y tient.

Le porte-parole du NPD en matière de langues officielles a lui aussi déploré la décision du premier ministre Trudeau: «On a été habitués à ce genre de choses sous les conservateurs, mais on s'attendait à mieux de la part des libéraux. Le bilinguisme est un élément clé du Canada qui doit se refléter dans nos institutions démocratiques. La personne qui dirige les débats, que ce soit dans une chambre ou dans l'autre, devrait être bilingue, ça va de soi.»

Je ne pourrais mieux dire et j'ajouterais que c'est d'autant plus indispensable au moment où le gouvernement s'embarque dans un processus qui vise à transformer profondément le Sénat.

La nomination de M. Furey n'est malheureusement que la dernière dans une trop longue liste. En 2011, la nomination de l'unilingue anglophone Michael Ferguson à titre de vérificateur général du Canada avait soulevé un tel tollé que la Chambre a adopté à l'unanimité en 2013, une loi qui exige dorénavant la maîtrise du français et de l'anglais, et ce, avant l'embauche, pour les personnes désirant occuper l'un des 10 postes clés d'agents du gouvernement, depuis le directeur général des élections au commissaire à l'éthique ou à la vie privée, en passant par le président de la Commission de la fonction publique. Il n'était pas trop tôt!

À la suite de la nomination par le gouvernement Harper de plusieurs juges unilingues anglophones à la Cour suprême du Canada, le député néo-démocrate Yvon Godin a tenté, à trois reprises mais sans succès, de faire adopter un projet de loi faisant du bilinguisme une compétence essentielle pour les membres du plus haut tribunal du pays. Le NPD promet de revenir à la charge sur cette question et il est à souhaiter qu'un tel projet de loi puisse être adopté maintenant que les libéraux sont au pouvoir.

Pourrait-on envisager un seul instant que le gouvernement nomme un unilingue francophone à la présidence du Sénat ou à un autre poste de cette nature? Non, c'est clair! Il y a longtemps que les francophones du pays l'ont compris. Il serait plus que temps que le gouvernement fasse passer le même message aux anglophones, à savoir que le bilinguisme est une compétence indispensable pour quiconque aspire à un poste à l'échelon national dans les hautes sphères de la politique, de la fonction publique ou de la magistrature. Après tout, nous sommes en 2015!

L'auteur, Stewart Kiff, est président de Solstice Affaires publiques et lobbyiste pour des organismes franco-ontariens.

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