Gatineau, démocratie à parti unique

Depuis l'élection d'Action Gatineau, il existe un vacuum démocratique important... (Simon Séguin-Bertrand, archives LeDroit)

Agrandir

Simon Séguin-Bertrand, archives LeDroit

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Depuis l'élection d'Action Gatineau, il existe un vacuum démocratique important à Gatineau. En effet, étant donné l'absence d'opposition structurée au conseil municipal, la ville est en quelque sorte devenue une démocratie à parti unique.

Bien que rien n'empêche les opposants au maire et chef d'action Gatineau, Maxime Pednaud-Jobin, de créer un parti, leur opposition idéologique à l'existence même de partis au niveau municipal les en empêche. Pour dénouer l'impasse démocratique seulement deux issues sont possibles: la création d'un deuxième parti ou la refonte des règles qui régissent l'activité politique des indépendants.

Le 12 septembre 2013, le Directeur général des élections (DGEQ) déclarait: «Former un parti politique présente des avantages sur le plan du financement, puisqu'une fois autorisé, son représentant officiel peut recueillir des contributions ou contracter des emprunts à longueur d'année, durant toute sa durée de vie.»

L'avantage financier est non négligeable pour un parti politique municipal. Cela permet aux élus travaillant sous la bannière d'un parti de bénéficier des activités de financement. Elles sont aussi une manière intéressante pour les élus de solidifier leur emprise politique au sein de la communauté. Quant aux conseillers indépendants, ils ne peuvent le faire qu'en campagne électorale.

Injuste

Ainsi, au Québec, les dépenses des indépendants en 2013 s'élèvent à 2,7 millions $ alors que les partis politiques municipaux ont dépensé 3,7 millions $.

Un argument souvent avancé pour justifier les dépenses plus élevées des partis politiques est la nécessité de ceux-ci d'entretenir leurs membres, de faire des congrès, etc. Cet argument est hautement fallacieux puisqu'il nie les avantages politiques que procurent ces activités. Maintenir une liste de membres, organiser des congrès ou des courses à l'investiture sont des manières d'entrer en contact avec la population. Ces dépenses ne constituent pas un fardeau politique supplémentaire que doivent assumer les partis, mais bien une dépense à des fins promotionnelles. En interdisant le financement des indépendants durant le mandat, on les désavantage indûment.

En 2013, plusieurs indépendants ont exprimé leur attachement à leur indépendance comme gardienne de leur pouvoir de représentation. Ainsi, joindre un parti pour des motifs stratégiques irait à l'encontre de leurs convictions profondes.

La création d'un deuxième parti politique ne pourra pas venir des élus indépendants actuels, ceux-ci s'étant beaucoup trop avancés dans leurs positions. Mais une nouvelle génération de politiciens pourrait à terme former un nouveau parti à Gatineau. Il ne faudrait pas s'étonner de voir des militants de l'Aile jeunesse du Parti libéral du Québec et de la Coalition Avenir Québec faire partie de cette relève.

Une avenue

À plus court terme, une avenue possible pour les indépendants est d'avoir recours à un groupe d'intérêts pour promouvoir leur opposition idéologique aux partis, pour demander des règles de financement plus équitables pour les indépendants. Cette voie serait cependant parsemée d'obstacles. Le DGEQ n'identifie pas la situation des indépendants comme étant un problème.

Pour vaincre Action Gatineau et son maire Maxime Pednaud-Jobin, il devra y avoir un changement radical de stratégie chez les indépendants, ou qu'un candidat de l'extérieur du conseil et soutenu par un parti politique se présente.

Pour reprendre les mots du maire, deux camps s'affrontent à Gatineau: celui des «minimalistes», pour qui les villes doivent rester des outils pour offrir des services au citoyen, et les «progressistes», qui favorisent une intervention soutenue auprès de l'électorat. 

Il sera curieux de voir si le premier groupe se dotera d'un outil politique pour faire face au second puisque selon le maire «ce débat à lui seul justifie la présence de partis politiques».

L'auteur, Maxime Hupé-Labelle, est étudiant à l'ÉNAP et ex-candidat du Parti conservateur dans Argenteuil-La Petite-Nation.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer