Des milliers d'étincelles en danger

À mon école, on peut retrouver des classes... (PHOTO ALAIN ROBERGE, ARCHIVES LA PRESSE)

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À mon école, on peut retrouver des classes où 5 à 7 élèves ont un plan d'intervention où on recommande de leur offrir une place près de l'enseignant.

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Monsieur le premier ministre Philippe Couillard.

Orthopédagogue, je travaille en milieu scolaire depuis 2008. La relation d'aide auprès d'enfants, et pouvoir faire ma part dans l'épanouissement du Québec sont mes motivations.

Maintenant, je remets en question ma carrière. Le quotidien en enseignement est trop exigeant. Il est pratiquement impossible d'offrir aux enfants le soutien scolaire dont ils ont besoin, tout en respectant les règles et lois en place.

À mon école, on peut retrouver des classes où 5 à 7 élèves ont un plan d'intervention où on recommande de leur offrir une place près de l'enseignant. Mais en pratique, ce n'est pas possible. Pourtant, nous devons respecter les plans d'intervention. Qui sera choisi par l'enseignante? Comment justifier à un parent que nous ne pouvons pas respecter le plan d'intervention?

Le nombre de plans d'intervention depuis mes débuts a augmenté de façon alarmante. Une de mes collègues en a 8 sur 26 élèves! Ces élèves qualifiés «à risque» se retrouvent en dégringolade jusqu'à l'échec, puis en orthopédagogie. Ma liste déborde.

Je suis totalement dépassée par le nombre d'élèves ayant besoin de services, par le soutien que mes collègues nécessitent, par la charge administrative, par la pression des parents qui voudraient que leur enfant soit «choisi» pour recevoir de l'aide... par l'abandon de mon gouvernement.

Êtes-vous conscient de notre réalité angoissante, écorchée par le manque de ressources temporelles, humaines et financières? Il faut être visionnaire pour gouverner un peuple, pour convaincre la population d'un avenir meilleur: mais qui la formera ces futurs ingénieurs, médecins, politiciens, entrepreneurs? Pourquoi Bombardier, Kruger, etc. sont-ils plus importants que vos propres rejetons?

Présentement, nous avons dans nos écoles des enseignants épuisés et découragés, limités dans le soutien qu'ils peuvent apporter aux élèves, des enfants décrocheurs (déjà au primaire!), des directions qui jonglent avec des budgets insuffisants, des parents frustrés car l'école n'arrive pas à garantir une éducation et un enseignement appropriés pour leurs enfants.

Mon avenir et celui de milliers d'enfants et d'enseignants se retrouvent entre vos mains en cette période de négociation. Sachez que pour l'instant, des milliers d'étincelles sont en train de s'éteindre dans le coeur d'enseignants, d'orthopédagogues, d'enfants et de parents. Il y a urgence d'investir en éducation: les problèmes liés au nombre grandissant d'assistés sociaux, au taux de chômage, à la criminalité; ils commencent sur les bancs d'école.

L'auteure, Mélissa Langevin-Mundo, est orthopédagogue à Gatineau.

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