Le calcul climatique de Trudeau

Une usine de sables bitumineux de Suncor près... (Archives AP)

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Une usine de sables bitumineux de Suncor près de Fort McMurray, en Alberta

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Lorsqu'il était gouverneur de la Banque du Canada, Mark Carney décrivait les sables bitumineux comme une bénédiction pour le Canada. Il enjoignait même au gouvernement en place de faciliter la construction de pipelines pour partager les bénéfices économiques de cette ressource avec tous les Canadiens.

De toute évidence, lorsque M. Carney a fait ces déclarations en 2012, il manquait une donnée primordiale dans le calcul de l'ancien gouverneur de la Banque du Canada: les changements climatiques.

Cette semaine, un regroupement de groupes écologistes a publié une étude intitulée Garder sous terre: un terme à la croissance des sables bitumineux. Ce document rappelle encore une fois l'impact désastreux de l'exploitation de cette ressource en termes de production de gaz à effet de serre (GES) et, surtout, démontre l'importance stratégique d'infrastructures d'exportation. En bref, sans nouveau pipeline, la croissance de cette industrie est compromise.

Comme vous le voyez, la question des pipelines est centrale dans la prochaine (et, cette fois-ci, peut-on espérer, véritable) stratégie de diminution de GES. Trois promesses nous laissent croire que notre nouveau gouvernement à Ottawa pourrait compliquer l'émergence de ces nouveaux pipelines au pays.

En premier lieu, ces projets devront jouir d'un grand degré d'acceptabilité sociale pour aller de l'avant. Avec la farouche opposition de plusieurs maires québécois dont celui de Laval, le projet du pipeline Énergie Est n'a pas nécessairement une place de choix dans le coeur des dirigeants du Québec.

Nous le savons, l'argent est le nerf de la guerre. Avec la promesse de la diminution graduelle des subventions accordées à l'industrie pétrolière, c'est la structure financière de cette industrie qui est en jeux. Le gouvernement Trudeau promet même transformer ces subventions en investissements dans les nouvelles technologies de productions d'énergie propres.

Plus important encore, le Parti libéral du Canada prévoit inclure aux évaluations environnementales, une analyse des effets que ces projets auront en amont ainsi que des GES qu'ils émettront éventuellement. Et vlan, c'est à ce moment-là que les projets de pipeline perdent tout semblant de crédibilité.

L'addition de ces trois promesses nous laisse croire que la croissance de l'exploitation des sables bitumineux est compromise.

Revenons à la finance: Au début du mois d'octobre, Mark Carney, maintenant gouverneur de la Banque d'Angleterre, a soutenu que les changements climatiques sont «une grave menace pour la stabilité financière mondiale». Carney soutient également qu'afin d'éviter que l'augmentation de la température globale ne dépasse pas le 2 degrés Celsius, il faudrait que la vaste majorité des sources d'énergie fossile devront rester sous terre. Il est inutile de dire que cette déclaration a créé une onde de choc dans les milieux financiers internationaux. Aujourd'hui, on peut dire que le calcul de M. Carney est complet et forcément, exact.

En espérant qu'en prévision du sommet sur le climat de Paris de décembre, le nouveau gouvernement de Justin Trudeau suive la leçon de mathématique que l'ancien gouverneur de la Banque du Canada et, ultimement, soit cohérent avec ces promesses électorales.

L'auteur, Benoit Delage, est directeur du Conseil régional en environnement et développement durable de l'Outaouais (CREDDO).

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