Tolérer n'est pas approuver

Uen femme vêtue d'un niqab... (Photo Archives, Agence France-Presse)

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Uen femme vêtue d'un niqab

Photo Archives, Agence France-Presse

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Sébastien Grammond, Christiane Guay

Les auteurs sont respectivement Professeur de droit à l'Université d'Ottawa et Professeure de travail social à l'Université du Québec en Outaouais

Le Droit

Supposons que vous êtes contre le port du niqab, ce voile qui couvre entièrement le visage, à l'exception des yeux. Dans un pays comme le nôtre, qui protège la liberté de conscience et d'expression, vous avez parfaitement le droit de le penser et même de le dire.

Le présent débat porte sur une question fort différente. La question n'est pas de savoir si vous êtes pour ou contre mais plutôt si l'on peut utiliser les pouvoirs de l'État pour interdire cette pratique.

En d'autres termes, c'est une affaire de tolérance et non d'approbation. Nous pouvons tolérer une pratique que nous n'approuvons pas.

Dans ce cas, nous faisons confiance à d'autres moyens que le pouvoir coercitif de l'État pour défendre notre point de vue.

Au Québec, comme dans bien d'autres sociétés occidentales, il arrive à l'occasion que les pratiques d'un groupe très minoritaire suscitent la controverse. Pensons aux témoins de Jéhovah : à la fin des années 1940, le gouvernement de Maurice Duplessis a lancé la police à leurs trousses parce qu'ils dénigraient la religion catholique. Depuis, nous les avons tolérés. Aujourd'hui, il faut bien admettre qu'ils ne menaçaient pas la société, malgré ce que les politiciens de l'époque affirmaient.

Les droits fondamentaux protégés par la Charte québécoise des droits et libertés de la personne, la Charte canadienne des droits et libertés et les traités internationaux assurent la tolérance. Puisqu'ils sont garantis, le gouvernement ne peut pas les restreindre simplement en fonction des préférences de la majorité. Cependant, ces droits ne sont pas absolus. L'État peut en baliser l'exercice, s'il est en mesure de démontrer une justification solide.

En 2012, la Cour suprême a statué qu'une femme qui témoignait en cour pouvait être forcée de retirer son niqab dans certains cas précis. En particulier, si la crédibilité du témoin est en jeu, il se peut que le juge ait besoin de voir les expressions faciales du témoin.

Peut-on tolérer le niqab si celui-ci viole les droits des femmes? Dans notre société, on laisse aux personnes majeures le choix d'exercer leurs droits ou non. C'est d'abord la personne concernée qui doit décider si ses droits ont été violés, avant de porter sa cause devant les tribunaux.

Interdire le niqab sans se préoccuper de la volonté des femmes qui le portent, c'est agir sans preuves, c'est choisir à leur place ce qui est mieux pour elles. Pourtant, les femmes se sont toujours battues contre ceux qui voulaient leur dicter une ligne de conduite.

D'ailleurs, si le niqab est une «prison», comme le dit Françoise David, pourquoi s'en prendre à la prisonnière et non à l'oppresseur?

Dans notre société, on n'interdit une conduite que si elle cause un préjudice. On ne l'interdit pas simplement parce qu'une majorité de citoyens sont en désaccord. C'est là le sens profond de la tolérance.

La tolérance est une recette qui a fait ses preuves. La tolérance permet à chacun de vivre en société en faisant ses propres choix et en respectant ceux des autres.

La société québécoise est fondamentalement tolérante. Elle l'a démontré en 2014, en rejetant par une large majorité un projet de «charte des valeurs» qui exploitait l'intolérance à des fins purement électorales.

À l'approche d'un autre rendez-vous électoral, ne laissons pas nos réactions instinctives nous détourner de cet idéal de tolérance.

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