Réagir comme catholiques à la crise des réfugiés

Le corps d'un jeune enfant syrien échoué sur une plage. Une mère et sa fille... (Archives, Associated Press)

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Mgr Paul-André Durocher

L'auteur est archevêque de Gatineau et président de la Conférence des évêques catholiques du Canada.

Le corps d'un jeune enfant syrien échoué sur une plage. Une mère et sa fille empêchées de monter à bord d'un train après qu'elles eurent engagé leurs économies dans l'achat de billets désormais inutiles. Des fils barbelés acérés pour repousser les réfugiés. Des milliers et des milliers de sans-abri en marche sur des routes en Europe. Des millions de réfugiés cantonnés dans des abris de fortune au Moyen-Orient, en Afrique et ailleurs.

Mes chères soeurs, mes chers frères,

Ces dernières semaines, nous avons toutes et tous été hantés par les images de réfugiés débarquant en Europe depuis la Syrie et d'autres pays du Moyen-Orient et de l'Afrique. Depuis le début de son pontificat, le pape François nous rappelle avec insistance leur besoin d'aide et il demande à notre monde de ne pas se détourner le coeur quand des masses de sans-abri cherchent un refuge, la sécurité et une vie meilleure.

Peu après son élection comme évêque de Rome, le Saint-Père s'était rendu dans l'île de Lampedusa pour attirer l'attention sur ces nombreux réfugiés qui meurent noyés en essayant de traverser la Méditerranée: «Ceux-ci parmi nos frères et soeurs cherchaient à sortir de situations difficiles pour trouver un peu de sérénité et de paix; ils cherchaient un rang meilleur pour eux et pour leurs familles, mais ils ont trouvé la mort. Combien de fois ceux qui cherchent cela ne trouvent pas compréhension, ne trouvent pas accueil, ne trouvent pas solidarité! Et leurs voix montent jusqu'à Dieu!»

Il y a un an, devant l'Assemblée générale des Nations Unies, le Cardinal Pietro Parolin, secrétaire d'État du Saint-Père, répétait le message que le pape ne cesse de nous adresser, à nous et à la communauté internationale; c'est un appel à «passer à l'action pour mettre un terme à la crise humanitaire en cours» en prévenant la guerre, en stoppant les agresseurs, en protégeant les populations et en secourant les victimes.

Tandis que notre monde et notre pays discutent de la meilleure façon de réagir, en tant que catholiques, nous devons nous demander ce que nous pouvons faire, personnellement et dans nos communautés locales. Voici quelques suggestions de gestes à poser pour aider face à un problème tragique, aussi complexe qu'accablant.

1. Parrainer une famille de réfugiés

À l'angélus du 6 septembre dernier, le pape François a invité les paroisses, les communautés religieuses, les monastères et les sanctuaires de toute l'Europe à accueillir des familles réfugiées afin de préparer l'Année de la miséricorde. Devrions-nous faire moins, ici au Canada? Si nous refusons d'accueillir l'autre, notre pays, nos foyers et nos coeurs se ferment à la vie. Même si plusieurs d'entre nous doivent affronter des difficultés économiques, ce que nous avons et ce que nous possédons représente tellement plus que ce à quoi les réfugiés peuvent avoir accès. Pour la paix de notre conscience et pour notre salut éternel, nous ne pouvons pas refuser de partager ce que nous avons avec ceux et celles qui sont dans le besoin. Si vous-mêmes, avec votre diocèse, votre paroisse ou votre organisation communautaire, souhaitez en savoir plus sur la façon de parrainer une famille réfugiée, vous pourrez obtenir des renseignements et des suggestions:

  • du Conseil catholique de parrainage pour réfugiés, qui regroupe du personnel de nombreux offices catholiques, diocésains et autres, engagés dans le parrainage des réfugiés. Le Conseil fournit avant tout des services de coordination, de plaidoyer et d'information aux organisations catholiques de parrainage de réfugiés. 
  • de l'Office des réfugiés de l'archidiocèse de Toronto, l'un des plus importants bureaux au pays en ce qui a trait aux réfugiés. Son personnel offre généreusement conseils, soutien et assistance aux groupes qui souhaitent lancer un programme de parrainage ou d'établissement. 
  • de l'Office des communautés culturelles et rituelles de l'archidiocèse de Montréal. Le Québec a sa propre réglementation en matière d'immigration. L'Office a pour objectif de faciliter le parrainage des réfugiés et de jeter des ponts entre différentes communautés culturelles et linguistiques. Il offre des services en français et en anglais. Veuillez communiquer avec Alessandra Santopadre au 514-778-8950 ou au asantopadre@diocesemontreal.org.

2. Faire un don

Notre Église au Canada a la chance de compter sur plusieurs agences d'aide et de développement, qui font un travail remarquable sur la scène internationale et qui sont profondément engagées dans l'assistance aux réfugiés syriens, entre autres, et aux personnes déplacées. Leur travail est rendu possible par les dons généreux et l'appui de nombreux catholiques et de beaucoup d'autres personnes de bonne volonté. Pour de plus amples renseignements sur chacune de ces organisations et pour savoir comment aider, visitez:

3. S'engager politiquement

La réponse à une grave situation d'urgence est toujours plus efficace lorsque les gouvernements, les collectivités locales et des citoyens engagés travaillent ensemble. La campagne électorale fédérale en cours est le moment propice pour demander aux candidats et à leurs partis ce qu'ils comptent faire pour les réfugiés, s'ils sont portés au pouvoir. La Conférence des évêques catholiques du Canada (CECC) ainsi que Développement et Paix ont réfléchi à des questions et à des problèmes que les électeurs et les électrices peuvent examiner et discuter entre eux et avec les candidats aux élections.

4. S'informer

Les situations que doivent affronter les réfugiés, y compris ceux qui fuient la Syrie, sont compliquées. Il y a sans doute le besoin urgent d'assistance humanitaire, mais aussi les complexités de la coopération internationale, du maintien de la paix, de la protection des communautés contre les actes terroristes, sans oublier les énormes défis liés à la relocalisation. Par ailleurs, la situation évolue rapidement à l'échelle locale et régionale, et de nouvelles urgences surgissent. Notre foi et notre humanité pressent chacune et chacun de nous de faire ce que nous pouvons pour aider. Mais nos efforts auront d'autant plus de portée et d'efficacité que nous serons mieux informés. Outre les sites Internet des quatre agences d'aide et de développement déjà citées, on peut disposer d'excellentes sources d'information et découvrir différents points de vue sur les besoins des réfugiés syriens et la condition des réfugiés en général en consultant:

5. Combattre la peur et les préjugés

Entre autres lourds obstacles qui se dressent devant les réfugiés en quête de protection et d'un abri, il y a l'apathie, l'indifférence, les craintes et les préjugés dans les pays où ils cherchent refuge. Quand la peur habite notre coeur, notre porte reste fermée à l'autre dans le besoin. Nombre de réfugiés syriens sont chrétiens ou membres d'autres minorités religieuses, mais la majorité d'entre eux sont de religion musulmane. Les nouveaux arrivants au Canada (et même des personnes qui vivent avec nous depuis des années, voire des siècles) sont victimes de préjugés, d'intolérance, de peur et d'indifférence lorsqu'ils entrent en contact avec notre société dominante. Une façon de contrer cette attitude négative et destructrice, en particulier lorsque les victimes de préjugés appartiennent à d'autres religions, c'est le dialogue interreligieux. D'ailleurs, comme le pape François le soulignait dans sa récente encyclique Laudato Si' (no 201), les religions devraient «entrer dans un dialogue en vue de la sauvegarde de la nature, de la défense des pauvres, de la construction de réseaux de respect et de fraternité». Le dialogue interreligieux jette des ponts, mais il nous aide aussi à confirmer notre foi et à mieux la comprendre.

6. Rester concentrés

Il y a actuellement quelque 13 millions de réfugiés dans le monde, dont quatre millions sont originaires de Syrie. Les problèmes qu'ils affrontent sont immenses, et la solution à cette crise ne sera ni facile ni rapide. Les efforts que nous mettrons à travailler avec les réfugiés doivent être axés sur le long terme afin qu'on puisse les traiter avec justice et que notre monde puisse retrouver la paix. Dans quelques mois, notre Commission épiscopale sur la justice et la paix publiera une réflexion actualisée sur les difficultés que rencontrent les réfugiés quand ils viennent s'établir au Canada. En outre, le Saint-Siège offre des ressources pour aider les catholiques et toutes les personnes intéressées à se concentrer sur la recherche de solutions.

7. Méditer l'Écriture, jeûner et prier

Chaque bonne pensée, chaque bonne parole, chaque bonne action nous sont inspirées par l'Esprit Saint et trouveront leur accomplissement en Dieu le Père. Avec le Christ, nous devons nous charger de sa Croix pour offrir aux autres la réconciliation et la guérison. La méditation, la prière et le jeûne recentrent notre attention, touchent notre coeur et stimulent en nous la vision et l'intuition. Émus par notre méditation, nous intercédons Dieu par le jeûne et la prière de transformer nos vies, de nous amener à changer nos façons de faire, et de nous motiver. S'unir à Dieu dans son appel à la solidarité et à la compassion, par la méditation de l'Écriture, la prière et le jeûne, fait naître l'espérance, renforce notre amour du prochain et approfondit notre engagement pour la justice et la charité. L'Écriture, la prière et le jeûne nous indiquent comment la foi conduit aux bonnes oeuvres. Depuis plusieurs années, les évêques du Canada ont pris l'habitude d'inviter les catholiques de leur diocèse et de leurs paroisses à méditer, à prier et à jeûner pour les besoins des populations du Moyen-Orient et pour la paix dans le monde.

  • Informez-vous auprès de votre diocèse et de votre paroisse des activités prévues pour ces journées spéciales de réflexion, de prière, de jeûne et d'action communautaire pour les personnes déplacées de notre monde.
  • Demandez à votre paroisse d'inclure dans la Prière universelle les besoins des réfugiés.
  • Pensez aux millions de réfugiés dans votre prière personnelle et votre prière en famille, quand vous méditez l'Écriture, que vous jeûnez et que vous faites pénitence.

Mes chères soeurs, mes chers frères, ce sont là sept suggestions pour aider chacune et chacun de nous, et chacune de nos communautés, à réagir à la crise des réfugiés. Joseph et Marie ont dû chercher refuge à Bethléem puis, avec l'Enfant Jésus, ils ont connu l'exil. Pendant ses années de ministère, Jésus n'avait pas de foyer. La crise des réfugiés est un moment important : c'est l'occasion d'approfondir notre foi, d'élargir notre charité et de stimuler l'espérance. Ensemble, nous pouvons construire un monde meilleur pour toutes les personnes dans le besoin, et témoigner ainsi du Royaume du Christ. Tout ce que nous faisons au plus petit de nos frères et soeurs, c'est au Christ notre Seigneur que nous le faisons (voir Matthieu 23,40).

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