Les effets pervers de l'austérité

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Yao Assogba

L'auteur est sociologue de l'éducation et professeur émérite de l'Université du Québec en Outaouais (UQO).

L'égalité des chances qui assure à tous l'accès à l'école et la réussite scolaire est le principe fondamental de l'éducation au Québec depuis la réforme Parent dans les années 1960. C'est ce principe qui a toujours orienté toutes les réformes éducatives qui ont suivi au cours des décennies, et les moyens appropriés employés jusqu'ici ont donné d'assez bons résultats.

Mais certaines inégalités scolaires persistent.

Par exemple au secondaire, le «taux de décrochage annuel est passé de 22 à 16% en 10 ans, entre 1999-2000 et 2010-2011. La proportion demeure toujours plus élevée chez les garçons (20%) que chez les filles (13%)». Les pourcentages sont sensiblement les mêmes pour l'origine sociale des élèves.

Les politiques d'austérité du gouvernement de Philippe Couillard risquent de compromettre les relatifs acquis dans la lutte contre les inégalités scolaires et d'engendrer des effets pervers. En effet, les mesures d'austérité en éducation se traduisent grosso modo par des coupes cumulatives de plus 1 milliard$ dans les commissions scolaires, de 200 millions$ dans le dernier budget du ministre des Finances, la réduction du nombre de commissions scolaires, la suppression de près de 300 postes de professionnels dans le réseau, l'augmentation de la tâche des enseignants, du nombre d'élèves par classe, la réduction du nombre de techniciens scolaires spécialisés, l'abolition des services et programmes destinés aux élèves défavorisés ainsi que l'intégration des élèves issus des communautés culturelles,etc.

L'austérité frappe aussi les organismes communautaires, comme les carrefours jeunesse-emploi, qui en partenariat avec le réseau offrent des services et programmes de raccrochage scolaire. De façon particulière, les mesures d'austérité rendront également plus difficile la mobilisation des parents de milieux défavorisés pour les impliquer dans la vie scolaire, eux qui ont déjà l'habitude de peu ou pas le faire.

Comme la valorisation de l'éducation, la persévérance, le cheminement et la réussite scolaires, l'obtention de diplômes, etc. varient en fonction de facteurs sociaux, communautaires, familiaux, scolaires et personnels, la politique de l'égalité des chances scolaires exige un nombre suffisant de toutes ces ressources humaines, financières et matérielles. En créant leur rareté, les mesures d'austérité engendreront sans doute des effets pervers qui se manifesteront par le maintien ou l'accentuation des inégalités scolaires. Celles-ci influeront à leur tour sur le statut socioéconomique, la santé, les habitudes de vie et l'espérance de vie des gens selon leur niveau d'éducation. Car, si les inégalités sociales se transforment et s'aggravent en inégalités scolaires, l'inverse est aussi vrai.

Dans une société démocratique et hautement industrialisée, l'inégalité face au système d'éducation est la première des injustices sociales contre lesquelles il faut lutter. Car c'est l'éducation qui conduit progressivement le jeune à s'élever, vers les valeurs fondamentales qui feront de lui une personne dans sa totalité humaine, morale et éthique.

C'est-à-dire un être individuel et un être social responsable de sa vie et débiteur de la société. Le Québec ne saurait hypothéquer son avenir économique, culturel et social par l'austérité en éducation. L'éducation est un investissement permanent dans le capital humain, et il revient au premier chef à l'État de l'assumer.

En démocratie, lorsque l'éducation fait l'objet d'austérité, l'austérité n'a plus de sens.

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