L'oeuvre de Jocelyne Ouellette

Élue sous la bannière du Parti québécois en... (Archives, LeDroit)

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Élue sous la bannière du Parti québécois en 1976, Jocelyne Ouellette a été la première femme ministre de l'Outaouais.

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Michelle Deshaies

L'auteure a contribué à l'ouvrage Annette, Carole, Régina et les autres... un pas devant l'autre, publié par le Centre d'aide et de lutte contre les agressions sexuelles de l'Outaouais en 1997. Nous en publions ici des extraits.

Jocelyne Ouellette est née et a vécu dans le Vieux-Hull, entre Saint-Laurent et Laurier. Elle est la deuxième d'une famille de 11 enfants dont la mère est Franco-Ontarienne de Vanier et le père un Hullois. «Enfant, je ne faisais pas la différence entre les francophones d'Eastview et du chemin Montréal et ceux de la rue Saint-Laurent à Hull.»

Son père possédait l'un des premiers hôtels et pensions de Hull. À la fin des années 1960, la famille est expropriée, tout comme les autres du quartier.

«On ne les avait pas prévenus, même si pendant 20 ans, on avait vu les camions verts de la Commission de la capitale nationale se promener en disant: "Dépensez pas pour de la peinture, vous serez expropriés bientôt."» 

Pendant cette période, l'état des maisons se dégradait progressivement. 

Quand le moment de l'expropriation est venu, le verdict du gouvernement fédéral, tout comme celui de Transport Québec, a été le même. «Regardez comme ces quartiers sont délabrés, traduit Jocelyne Ouellette. D'un coup sec, tout a été démoli. On a coupé un quartier en deux pour construire le boulevard Maisonneuve. Autour du ruisseau de la Brasserie, la CCN a exproprié les entreprises qui faisaient travailler les ouvriers et les manoeuvres pour faire une patinoire comme au canal Rideau.» 

Cet aménagement faisait suite à l'élection, en 1968, de Pierre Elliott Trudeau qui avait décidé de créer un district fédéral semblable à celui de Washington et d'appliquer le plan d'aménagement de Jacques Gréber. 

Faire quelque chose

«C'est autour de ça que je me suis impliquée dans les comités de citoyens. Je voyais bien qu'il fallait faire quelque chose. Pour construire le magnifique Musée des civilisations, on avait besoin de terrain. On a organisé une grosse manifestation et, pendant la nuit, on et allés entourer l'usine E. B. Eddy. C'est pour ça qu'il reste une moitié d'usine qui était vouée au pic du démolisseur. Les gens ont pu continuer à y travailler.»

Pour leurs maisons délabrées, les habitants du Vieux-Hull recevaient entre 10 000 $ et 15 000 $. Ce qui n'avait pas été prévu, c'est qu'une fois cet argent dépensé, ces gens devraient bien trouver à se loger. Ils n'avaient pas les moyens de s'installer dans les édifices plus luxueux construits pour les fonctionnaires fédéraux qui venaient travailler dans les tours à bureaux. Les gens sont partis vers d'autres quartiers - Val Tétreault, Wrightville - mais en grande majorité, ils ont quitté pour s'installer à Gatineau.

En même temps, René Lévesque avait entrepris d'écrire Option Québec. «Ce que j'ai trouvé dans ce livre, c'est exactement ce qu'on vivait. Il avait réponse à nos questions et il y avait une perspective qui se dégageait.» Jocelyne Ouellette décide de prendre position, même si sa famille avait toujours été libérale. Elle devient organisatrice du Mouvement Souveraineté-Association. 

Une femme timide

«Je ne pensais pas qu'un jour j'allais me présenter. Comme bien des femmes de ma génération, j'étais plutôt derrière. Même si déjà à 18 ans, je montais sur un camion avec un porte-voix, j'étais timide.» Comme beaucoup de femmes de son milieu, Jocelyne Ouellette était vouée à travailler comme sténodactylo au fédéral. Elle avait plutôt choisi d'étudier en commerce à l'Université d'Ottawa. 

Dès la formation du Parti québécois, Jocelyne Ouellette en devient membre active. «Je ne trouvais plus, au Parti libéral, de politique sociale qui correspondait à nos besoins. Il y avait un milieu culturel complètement disloqué et celui qui représentait le pouvoir dans notre milieu prenait ses décisions en fonction d'autres intérêts. Les milieux d'affaires se sont améliorés depuis, mais à l'époque, un tout petit groupe d'individus menait toute une région à leur profit.»

En 1970, en Outaouais, le Parti québécois obtient 3000 voix. En 1973, 6000 voix.

Première femme à se présenter dans la circonscription de Hull, Jocelyne Ouellette a 30 ans. Elle a une énergie et une conviction à toute éprouve. «Il fallait agir, et vite, et c'est ce qui me motivait.» Peu habitués à faire face à une opposition sérieuse, ses adversaires ne la prennent justement pas au sérieux. «L'organisateur libéral en chef répétait à mon sujet que cette petite femme-là, on allait la retourner à ses chaudrons... C'était assez drôle parce que je n'avais jamais été dans les chaudrons, j'avais toujours travaillé à l'extérieur.»

En terrain connu

Avec le porte-à-porte, elle se trouve en terrain connu, avec ceux qu'elle aime et qu'elle veut représenter. Les gens reconnaissent la petite Jocelyne, la fille à Roland, qui, à partir de 10 ans, faisait des tournées avec soeur Mechtilde pour quêter pour les pauvres. Parce qu'ils l'ont vue grandir, ils s'identifient à elle. Les hommes sont fiers de pouvoir voter pour une des leurs, qui est comme eux, qui parle et qui pense comme eux.

«Les gens me disaient: "Tu sais bien que tu ne seras pas capable de battre le député sortant Oswald [Parent]", se souvient Jocelyne Ouellette. Je leur répondais: "Ça va être plus difficile, mais on va lui chauffer les fesses et il ne seras jamais plus aussi arrogant."» De jour en jour, elle est à même de constater que les gens souhaitent du changement. 

«Ce serait trop facile de rapporter notre victoire à notre seul travail, reconnaît Jocelyne Ouellette. Pour être juste, il faut dire que l'Outaouais a suivi le reste du Québec pour la première fois. Il y avait un vent, un raz-de-marée.» Le soir de l'élection, Jocelyne Ouellette déborde de joie même si son élection n'est pas confirmée. 

Pendant les 37 jours qui suivent, le recomptage la donne tantôt gagnante, tantôt perdante. «C'était comme un yo-yo, se souvient Jocelyne Ouellette. À l'époque, si ton X sortait du carré, le vote était rejeté. J'ai ainsi perdu 1500 votes.» Quand elle se retrouve à Québec, deux jours avant Noël, la nouvelle députée de Hull a recueilli 12 222 voix, deux de plus que son opposant libéral.

Au premier ministre Lévesque qui veut lui offrir le ministère des Communications, elle répond qu'elle ne veut pas être ministre mais une bonne députée. «Je ne réalisais pas à 30 ans toutes les marges de manoeuvre et les équipes que je pouvais avoir pour soutenir mon travail en acceptant d'être ministre. Je voulais me concentrer sur Hull, et faire vite, parce que j'avais pris des engagements auprès des gens qui comptaient sur moi pour se sortir de la misère.»

L'affectation rêvée

Lorsqu'elle accepte d'être titulaire du ministère des Travaux publics, c'est l'affectation rêvée. «Les plus gros dossiers, en Outaouais, relevaient de ce ministère, explique-t-elle. Trente-cinq pour cent du territoire de Hull appartenait au fédéral et je voulais rapatrier ces terrains pour y construire des logements. Je voulais aussi céder des maisons à des coopératives.» Nommée ministre responsable de l'Outaouais, elle siège au comité ministériel permanent de l'aménagement du territoire, ainsi qu'à celui du développement économique.

Jocelyne Ouellette ne siège que durant un mandat à l'Assemblée nationale puisqu'à l'élection de 1981, elle est défaite par une centaine de voix. «J'ai été déçue. En même temps, je me sentais soulagée. J'avais plus de peine pour ceux qui avaient travaillé fort pour me faire élire que pour moi-même.»

Jocelyne Ouellette encourage vivement les femmes à être actives en politique. «C'est une expérience exceptionnelle qu'il faut vivre jeune parce qu'alors, on a plus d'énergie et on peut apporter des idées nouvelles. Tu as la fougue, la jeunesse et l'impétuosité qui va avec. Ça ouvre des perspectives et ça donne une vision globale des choses.»

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