Les usurpateurs de l'identité algonquine

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Georges Lafontaine

L'auteur est agent d'information pour le Conseil tribal de la nation algonquine Anishinabeg. Il écrit à titre de citoyen.

Nous publions de larges extraits du texte de l'auteur.

Il fut une époque où le fait d'être autochtone ou d'avoir un ancêtre d'origine autochtone était une source de honte, résultat de la déplorable politique d'assimilation forcée adoptée par le gouvernement canadien et mise en place de façon désastreuse par les autorités religieuses. Il a fallu plus de 100 ans pour que nous reconnaissions, en tant que société, l'incroyable injustice faite aux peuples autochtones et pour que des mesures soient mises en place pour tenter de réparer cette injustice. De nombreux programmes ont par la suite été mis en place pour donner des outils aux différents groupes autochtones afin qu'ils sortent de la misère où on les avait confinés.

Soudainement, au cours des dernières années, les groupes dits autochtones se sont multipliés par dizaines, chacun souhaitant affirmer son identité autochtone, fausse ou réelle, et profiter de cette manne pour revendiquer tel ou tel territoire. Rien de plus simple; il suffit de quelques individus et de s'incorporer en se donnant une appellation autochtone. Industries Canada ne questionne pas la validité des informations fournies par ces individus, dans la mesure où ceux-ci respectent les critères d'incorporation. Et du jour au lendemain, un nouveau « chef» apparaît dans le paysage, réclamant des droits en tant qu'autochtone normalement destinés aux véritables Indiens.

C'est le cas notamment de ce groupe qui se fait appeler les Algonquins hors réserve de Fort-Coulonge, originalement incorporé sous le nom de Métis de Fort-Coulonge, et de Guillaume Carle qui se proclame Grand chef de la Confédération des peuples autochtones du Canada.

Tout en ne niant pas que plusieurs Québécois aient des racines autochtones (c'est d'ailleurs mon cas, et j'en suis fier), il n'en reste pas moins que beaucoup se sont forgés un passé autochtone qui n'existe pas.

«Au cours des dernières années, les groupes dits autochtones se sont multipliés par dizaines, chacun souhaitant affirmer son identité autochtone, fausse ou réelle, et profiter de cette manne pour revendiquer tel ou tel territoire.»

Aucune de ces personnes n'a vécu sous le dictat de cette horrible Loi sur les Indiens décriée mondialement comme une forme d'apartheid, n'est relié à aucune réserve ou groupe autochtone reconnu, ni n'a connu les sévices de l'époque malheureusement pas si lointaine des pensionnats autochtones, pas plus qu'ils n'ont fait l'objet de racisme ou d'exclusion comme c'est le cas de ceux dont les traits physionomiques trahissent facilement leurs origines. Aucun non plus n'a été élevé dans la culture algonquine. J'ai bien beau avoir des ancêtres français, je ne peux réclamer la nationalité française, ni revendiquer les terres de Normandie qu'ils ont occupées.

Il n'y a pas d'Algonquins du Pontiac (ce qui ne veut pas dire qu'il n'y ait pas de véritables Algonquins statués vivant dans la région du Pontiac). Cette chose n'existe pas. D'ailleurs, ils sont passés «Métis» à Algonquins par un simple changement à la charte de leur corporation. Je connais M. Roger Fleury depuis le début des années quatre-vingt-dix, et jamais celui-ci n'a évoqué quelque passé ou relation avec un groupe autochtone.

Quant à Guillaume Carle, nous le connaissons dans la Vallée-de-la-Gatineau puisqu'il est originaire de Bouchette. Personnage qui se fait appeler «Son Excellence Guillaume Carle», il suffit de faire une petite recherche sur Internet pour se rendre compte qu'il s'agit d'un individu au passé trouble qui a eu maintes fois affaire à la justice. L'Assemblée des Premières Nations du Québec et Labrador (la seule organisation représentant réellement les peuples autochtones du Québec), a publiquement et par résolution dénoncé cette prétendue «Confédération» en juin 2007 que Guillaume Carle affirme représenter. En réalité, le groupe de Carle ne repose que sur quelques fidèles supporteurs.

Il y a au Québec neuf communautés algonquines reconnues qui occupent l'Ouest du Québec jusqu'en Abitibi, et deux autres qui couvrent l'Est de l'Ontario. Quant à l'Outaouais québécois, seul les membres de la communauté de Kitigan Zibi qu'ils vivent dans la réserve ou hors réserve peuvent réclamer à juste titre ce territoire, et du côté ontarien ceux de la communauté de Pikwànagàn (Golden Lake). Tout autre groupe ou individus prétendant y détenir des droits ne sont que des usurpateurs qui souhaitent détourner à leurs propres fins les droits des véritables Algonquins.

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