Dire oui au revenu annuel garanti

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Noralou Roos, Evelyn Forget

Respectivement professeure au Département des sciences de la santé communautaire à l'Université du Manitoba et économiste de la santé et professeure à l'Université du Manitoba

Se pourrait-il que l'idée d'un revenu annuel garanti considérée autrefois comme radicale ait mûri au point où certains envisageraient de l'adopter?

Aux Pays-Bas, la Ville d'Utrecht a annoncé récemment qu'elle allait tenter l'expérience. En Alberta, le nouveau ministre des Finances, Joseph Ceci, avait lui aussi proposé, pendant la campagne électorale, ce régime.

Le maire de Calgary, Naheed Neshi, et celui d'Edmonton, Don Iveson, ont tous les deux donné leur aval à ce genre de programme. Et voilà qu'en Ontario les médecins hygiénistes et les membres des conseils de santé demandent officiellement aux gouvernements provincial et fédéral d'instaurer un revenu de base.

En quoi consiste exactement le revenu annuel garanti (RAG)? Dans l'une de ses versions, le RAG prend la forme d'un crédit d'impôt remboursable. Un individu qui n'a aucune source de revenus a droit à une prestation de base. À mesure que le revenu gagné augmente, le montant de la prestation diminue, mais dans une proportion moindre. Les salariés à faible revenu reçoivent ainsi une prestation partielle et se trouvent dans une situation plus avantageuse que s'ils dépendaient uniquement de l'aide sociale.

Pourquoi un éventail aussi vaste d'acteurs sociaux réclament-ils un tel programme? Des recherches solides nous ont confirmé que la pauvreté est l'un des meilleurs prédicateurs d'un piètre état de santé. Et les gens en mauvaise santé coûtent cher à la société.

Dans les années 1970, le Manitoba avait tenté d'instaurer un revenu annuel garanti à Winnipeg ainsi que dans la petite ville de Dauphin. La prestation de base équivalait à 60% du seuil de faible revenu (SFR) établi par Statistique Canada. Chaque dollar obtenu d'autres sources réduisait cette prestation de 50 cents.

L'expérience a donné des résultats très positifs, même si elle n'aura duré que quatre ans. À l'école secondaire de Dauphin, le taux de persévérance scolaire était supérieur à ce qu'il était avant l'instauration du RAG (et après sa disparition). L'état de santé des résidents de la ville s'est amélioré; les hospitalisations pour cause de problèmes de santé mentale, d'accidents ou de blessures ont diminué de 8,5%.

Combien coûterait l'instauration d'un revenu annuel garanti à l'échelle du Canada? D'après plusieurs professeurs de l'Université Queen's, le remplacement des régimes actuels de sécurité sociale et de sécurité de la vieillesse par un revenu annuel garanti de 20000$ par adulte et de 6000$ par enfant coûterait 40 milliards$. Rappelons que l'Institut Fraser estime à 185 milliards$ les dépenses actuelles en matière de sécurité du revenu au Canada, incluant les prestations et les coûts administratifs.

Selon nos propres estimations fondées sur les programmes sociaux en place, un régime un peu plus généreux coûterait 17 milliards$; une version «Cadillac», qui garantirait à tous un revenu minimal équivalent au SFR et quelques prestations aux personnes vivant bien au-dessus de ce seuil, coûterait 58 milliards$.

Une partie des coûts serait récupérée grâce aux impôts supplémentaires, et par les économies réalisées dans les programmes sociaux, comme l'hospitalisation, qui coûte 63,5 milliards$ aux Canadiens.

Le temps est peut-être venu de tenir compte des propos émanant de l'Alberta et de réfléchir aux avantages que pourrait offrir un programme de revenu annuel garanti, tant sur le plan de la santé que de l'éducation et de l'économie.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer