Une solution qui fait peur!

Le pont Alonzo-Wright... (Archives, LeDroit)

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Le pont Alonzo-Wright

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Benoit Delage

L'auteur est directeur général du Conseil régional de développement durable de l'Outaouais

Voyant leur tranquillité menacée, de nombreux résidents du quartier Limbour revendiquent l'élargissement du pont Alonzo-Wright ou la construction d'un tout nouveau pont au-dessus de la rivière Gatineau. À leurs yeux, cette solution règlerait leur problématique de circulation. Dans les faits, ce nouveau pont ne ferait que repousser le problème. On compare souvent ce genre de solution à celui d'offrir un pantalon plus grand à une personne avec un problème de surpoids dans l'espoir de régler son problème.

Puisque nous vivons dans une société où le 9 à 5 est la norme, collectivement, nous nous sommes dotés d'infrastructures coûteuses que nous entretenons de peine et de misère.

Comble de malheur, malgré les sommes investies, le réseau ne répond plus aux besoins des périodes de pointe, et nous nous retrouvons tous longuement confinés à nos voitures matin et soir. La routine, quoi! La solution, me direz-vous, réside dans le transport en commun; toutefois, ce système connaît des limites financières.

L'achalandage et la densité sont des éléments primordiaux à la viabilité d'un réseau. Sur le territoire de Gatineau, en raison d'une population urbaine axée sur le développement de maisons unifamiliales et d'une densité de 442 habitants par km2, l'offre en transport en commun est difficile à augmenter et à améliorer. En gros, il y a trop peu de gens pour offrir des trajets efficaces à un coût raisonnable.

La réponse se trouve peut-être dans une économie axée sur la fonctionnalité. Le paradigme dans lequel nous vivons aujourd'hui encourage un réseau routier conçu pour transporter des voitures et non des personnes. Le covoiturage devrait être la solution. Cependant, la difficulté du covoiturage a toujours été de mettre les gens en relation d'une façon efficace et de rendre l'échange d'argent plus facile. La réponse pourrait se retrouver dans notre téléphone intelligent. Malgré son caractère controversé, l'application Uber a déjà prouvé son efficacité.

Par contre, il faut savoir que le modèle Uber, une entreprise californienne, comporte trois problèmes majeurs. Premièrement, avec une commission de 20%, il s'agit d'une importante fuite de capitaux vers l'étranger. Deuxièmement, l'agressivité de son entrée dans le marché du transport crée une transition difficile pour les chauffeurs de taxi. Il est difficile de ne pas être sensible aux sorts des personnes qui ont investi d'importantes sommes dans l'achat de leur permis. Finalement, malgré le dernier jugement à Toronto, l'aspect réglementaire fait toujours défaut au modèle d'affaire d'Uber.

Si on parle en terme de changement de paradigme, le ministère des Transports du Québec (MTQ) devrait se concentrer davantage sur le transport viable et investir moins dans le nouveau béton. Une façon d'agir dans ce sens serait, par le moyen d'une nouvelle société d'État, de prendre en charge un service de covoiturage. Ce geste audacieux aurait le mérite de garder les devises au pays, d'offrir la possibilité de racheter graduellement les permis de taxi des joueurs qui désirent sortir du marché et, en parallèle, de limiter le nombre de kilomètres parcourus qu'un nouvel usager de l'application peut offrir afin d'assurer une transition tranquille. Il existe un bureau du taxi, pourquoi pas un bureau du covoiturage?

Quand on pense en fonction du nombre de personnes plutôt que du nombre de voitures, cette solution a le mérite de réduire les périodes de pointe et de diminuer les investissements dans notre réseau de transports. En fait, le but réel est de rééquilibrer la place de la voiture et, par le fait même, localement, d'éviter la construction d'un nouveau pont.

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