L'environnement, un enjeu devenu partisan

De plus en plus, nous verrons des signes avant-coureurs de la future campagne... (Photo: Stéphane Lessard, Le Nouvelliste)

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Benoit Delage

L'auteur est le directeur du Conseil régional en environnement et développement durable de l'Outaouais (CREDDO).

De plus en plus, nous verrons des signes avant-coureurs de la future campagne électorale fédérale. On assiste à une polarisation des enjeux. La stratégie peut être résumée à ceci: «Ceux qui ne sont pas avec nous sont contre nous.»

La question des changements climatiques fait partie de ces enjeux.

Pourtant, ce raisonnement simpliste n'a pas toujours existé, puisque la question environnementale n'a pas toujours été partisane. Aux États-Unis, plusieurs gestes pro-environnement significatifs ont été posés par le Parti républicain. En 1970, sous le gouvernement Nixon, les Américains ont vu la naissance de l'Agence de protection de l'environnement (EPA) et la National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA). Ironiquement, c'est la NOAA qui recueille et interprète les données scientifiques sur les changements climatiques, des données contestées par les membres du congrès républicain aujourd'hui. En effet, plus de 58% d'entre eux refusent les conclusions entourant les changements climatiques.

Plus près de nous, les progressistes conservateurs de Brian Mulroney ont agi sur la question de la protection de la couche d'ozone en 1987. Ils ont aussi signé une entente pour contrer les pluies acides avec les États-Unis et participé aux négociations qui ont abouti à l'accord de Kyoto.

C'est que la question environnementale ne devrait pas être partisane. À une autre époque, c'était simplement la bonne chose à faire pour préserver le bien commun. La protection de l'environnement, c'était la préservation de notre héritage commun pour les futures générations.

Qu'est-ce qui a changé? Certains attribuent ce changement à la forte prise de position du colistier de Bill Clinton à l'élection de 1990, Al Gore. La réponse des républicains avait été, dans un contexte de la fin de la guerre froide, de trouver un nouveau substitut à la menace rouge, c'est-à-dire la menace verte.

Plus tard, inspirés de nos voisins du sud, les conseillers du nouveau Parti conservateur de Stephen Harper ont emprunté la stratégie des républicains pour diviser l'opinion publique.

L'occasion était trop belle pour opposer l'environnement à l'économie. Aujourd'hui, même l'Organisation de coopération et de développement économique (OCDE) recommande fortement au Canada de prendre en charge la question des changements climatiques et préconise même des mécanismes tels qu'une taxe sur le carbone.

Avec le prochain sommet sur les changements climatiques à Paris, le ton du débat haussera. Pour les prochaines générations, l'enjeu des changements climatiques est trop critique pour considérer le statu quo. D'autres pays producteurs d'énergie fossile comme la Norvège se sont engagés vers une transition énergétique. La Norvège a adopté une taxe sur le carbone, s'emploie franchement à réduire les émissions de gaz à effet de serre. Septième producteur de pétrole au monde, la Norvège est aussi le premier producteur d'énergie renouvelable en Europe. Il y a une stratégie ici : ça s'appelle ne pas mettre tous les oeufs dans le même panier et faire une douce transition énergétique.

Pendant ce temps, le Canada a un gouvernement qui refuse de modifier sa stratégie énergétique, qui ne prend pas ces responsabilités sur la question des changements climatiques et qui nous pousse vers une autre récession.

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