La question raciale a la vie dure

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Yao Assogba

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Yao Assogba

L'auteur est sociologue et professeur émérite à l'Université du Québec en Outaouais.

La fusillade du 18 juin dans une église méthodiste de Charleston, en Caroline du Sud, dans laquelle neuf Noirs ont perdu la vie, est un acte raciste, a avoué son auteur Dylann Roof, un jeune Blanc de 21 ans.

Les rapports des Afro-Américains avec certaines institutions publiques, en l'occurrence la police et la justice, sont problématiques. Aux États-Unis la probabilité est très grande qu'un policier blanc tue un Noir et s'en sorte à bon compte devant la justice.

Rappelons quelques cas récents. Le 9 août 2014, un policier blanc, Darren Wilson, tue un jeune Noir non armé, Michael Brown, 18 ans, en le criblant de six balles dans une rue de Ferguson.

Cet événement avait soulevé l'indignation au Missouri et partout aux États-Unis. Le geste du policier avait été qualifié de raciste. Mais le policier ne sera pas inculpé. En 2000, à Los Angeles, l'acteur noir Anthony Dwain Lee a été tué de sept balles à Los Angeles pour avoir porté un pistolet en plastique pendant une soirée d'Halloween. L'enquête interne a conclu à la bonne foi du policier blanc.

Enfin, il y a le cas marquant du jeune Noir Oscar Grant, abattu au métro d'Oakland le 1erjanvier 2009. Le policier blanc a dit «avoir confondu son arme avec son pistolet Taser». Il n'avait purgé que 11 mois sur les 48 pour lesquelles il avait été condamné.

Selon la professeure Delores Jones-Brown, de l'Université de New York, spécialiste des questions judiciaires et ethniques, dans l'intervalle 1994-2009, «les policiers blancs responsables de la mort des Noirs non armés sont rarement condamnés... et les policiers n'aient eu qu'à prononcer le mot "peur" pour être reconnus non-responsables de leur conduite criminelle».

Il y a une nette surpopulation des Afro-Américains dans les pénitenciers comparativement à leurs concitoyens blancs.

Ceux-là n'ont pas les mêmes chances scolaires et sociales que ceux-ci.

La longue lutte des grands leaders noirs, de Frederick Douglas (1818-1895) à Martin Luther King (1929-1968) en passant par William E. B.Du Bois (1868-1963) et Rosa Parks (1913-2005), pour la liberté et l'égalité (abolition de l'esclavage, abrogation de la ségrégation raciale, égalité des droits civiques), n'a pas signifié la fin de l'histoire de la question raciale aux États-Unis.

Le racisme n'est pas inné chez les humains. C'est une construction sociale.

C'est pourquoi ce fut un choc lorsque le président Barack Obama déclarait récemment que «l'héritage de l'esclavage, de la discrimination dans presque tous les compartiments de nos vies, cela a eu un impact durable et cela fait toujours partie de notre ADN». En disant cela, il adhère dangereusement à la thèse naturaliste du criminologue américain J. Wilson selon laquelle toutes les formes de racisme sont «inscrites dans la nature humaine».

Le racisme est le résultat d'une socialisation des personnes. On ne naît donc pas raciste, on le devient. On ne peut chercher à l'éliminer que par la lutte contre l'ignorance humaine, l'éducation, des politiques et de mesures efficaces pour changer les conditions sociétales qui favorisent son émergence et son institutionnalisation.

C'est à ce travail que toutes sociétés humaines, et les États-Unis en particulier, doivent s'atteler de façon permanente.

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