L'impunité

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Jeffrey D. Sachs

L'auteur est conseiller au Secrétariat général de l'ONU sur les Objectifs du millénaire pour le développement.

Nous vivons dans un monde d'impunité. Les allégations de corruption qui entouraient la FIFA depuis des décennies ont abouti à des inculpations. Oui, le président Sepp Blatter a finalement démissionné, mais seulement après que plusieurs membres de la FIFA aient encore une fois témoigné leur mépris envers toute forme d'honnêteté et envers la loi.

Ce genre de comportement se retrouve partout. À Wall Street, en 2013 et 2014, JPMorgan Chase a écopé de plus de 20 milliards$ d'amende pour malversations financières. Pourtant son pdg a touché un salaire net de 20 millions$ en 2014 et 2015...

La possibilité qu'ont certaines personnes de bafouer la loi et les normes morales pour leur profit personnel est l'une des manifestations plus éclatantes de l'inégalité. Les pauvres sont emprisonnés pour des crimes insignifiants pendant que des banquiers qui plument les citoyens sont invités à dîner à la Maison-Blanche.

Les plus grands voleurs actuels sont ceux qui volent les biens communs, qui pillent les budgets publics, souillent l'environnement et se jouent de la confiance publique. Dans certaines sociétés et certains secteurs économiques, l'impunité est maintenant si répandue qu'elle est considérée comme inévitable. Quand cela est largement considéré comme «normal», il devient donc impuni par l'opinion publique et se renforce dans sa normalité. Par exemple, des politiciens touchent aujourd'hui des pots-de-vin de façon si flagrante et si constante qu'une grande partie des Américains accueillent ces révélations par un bâillement cynique.

Pourtant toutes les sociétés ou tous les secteurs ne sont pas pris au piège de l'impunité. Certaines sociétés, notamment en Scandinavie, gardent l'espoir que leurs fonctionnaires et chefs d'entreprise agiront moralement et avec honnêteté. Dans ces pays, les ministres sont obligés de démissionner pour des infractions mineures qui semblent triviales dans d'autres pays.

Convaincre les citoyens américains, russes, nigérians ou chinois que la corruption peut en effet être contrôlée peut sembler être une tâche futile. Mais le jeu en vaut assurément la chandelle, car les faits sont accablants: l'impunité n'est pas seulement moralement nocive mais elle est également économiquement coûteuse et profondément corrosive. Lorsque la «confiance généralisée» dans la société est forte, la performance économique est améliorée et la satisfaction de vivre est plus forte. Ce n'est pas une coïncidence si les pays scandinaves se classent parmi les pays les plus heureux du monde et les plus prospères, année après année.

Que peut-on donc faire pour surmonter un piège de l'impunité? Une partie de la réponse passe naturellement par le maintien de l'ordre (comme les actes d'accusation contre la FIFA) et la protection des informateurs. Pourtant ce n'est pas suffisant : les comportements publics jouent également un rôle important. Si l'opinion publique exprimait tout son mépris et son dégoût, l'illégalité pour quelques-uns ne pourrait pas devenir la norme.

Martin O'Malley, candidat aux élections présidentielles américaines, demande pourquoi pas un seul patron de Wall Street n'a été reconnu coupable de délit financier après la crise financière de 2008. C'est une bonne question. Nous pouvons en poser une encore plus simple. Pourquoi ces mêmes banquiers sont-ils encore adulés par le président Barack Obama, invités aux dîners officiels et interviewés avec égard par les médias?

La première chose que toute société peut et doit faire, c'est refuser la respectabilité à des dirigeants politiques et d'affaires qui abusent délibérément de la confiance publique.

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