À la table de Buffett

Warren Buffett.... (PHOTO FREDERIC J. BROWN, ARCHIVES AFP)

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Warren Buffett.

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Sylvain Charlebois

L'auteur est professeur en distribution et politiques agroalimentaires à l'Université de Guelph.

Ces dernières années, Warren Buffett a développé un véritable intérêt pour le domaine agroalimentaire. Après Dairy Queen, Coca Cola, Heinz, Burger King, Tim Hortons, c'est maintenant au tour de Kraft de devenir la propriété du légendaire investisseur américain. Plusieurs estiment que ce dernier aspire à mener l'un des plus grands empires d'alimentation au monde. Peut-être, mais les transactions orchestrées par Buffett dans l'agroalimentaire ne sont pas le fruit du hasard.

Buffett aime les marques américaines bien connues et bien gérées. Mais il aime aussi les aubaines, et il n'en manque pas en alimentation. Avec Kraft, par contre, il hérite de plusieurs marques qui battent de l'aile: Velveeta, Cheez-Whiz, Jell-O et même le fameux macaroni au fromage stagnent. De plus, il a payé un lourd prix pour Kraft, 25 fois les revenus annuels, un ratio très élevé pour lui.

Alors pourquoi acheter Kraft? La surface centrale des magasins alimentaires est sur le point de vivre une métamorphose. Le centre est devenu un champ de bataille. Les marques privées des distributeurs, tels que le Choix du Président, prennent de plus en plus de place. L'espace-tablette abordable se fait rare.

L'inflation alimentaire récente a surtout influé sur les produits en périphérie des magasins: viandes, pâtisseries, pains, fruits et légumes. Des produits périssables qui portent rarement des marques. Le prix des produits que l'on retrouve dans ces sections ont augmenté de plus de 10%, voire même 20% dans certains cas en 2014. L'inflation en périphérie a probablement atteint un seuil critique et forcera ainsi les épiciers à revoir leur stratégie de prix ailleurs dans le magasin. C'est ainsi qu'il est fort possible que l'on voit l'inflation augmenter au centre des magasins. Les marges bénéficiaires risquent d'augmenter pour plusieurs marques à l'avenir, un levier financier important pour une firme comme Kraft.

Pour les consommateurs, le prix de ces produits augmentera fatalement, mais la qualité aussi.

Buffett avoue déjà qu'il faut faire le ménage. Avec plus d'une cinquantaine de marques, Kraft ratisse large. Certaines pourraient disparaître, ou être vendues. Avec une restructuration agressive «à la Buffett», plusieurs usines risquent de fermer, certaines au Canada. Heinz a subi le même sort. Son approche est plutôt orthodoxe pour le monde alimentaire. Les budgets sont fixés sur le mérite, et non sur les ventes du passé ou sur des prévisions de ventes ultérieures.

Son arrivée dans le monde alimentaire porte à croire que l'ère des modèles qui privilégient la gestion de plusieurs marques ou des produits de masse a peut-être atteint sa limite. Il existera toujours quelques conglomérats mais sa venue laissera de la place à d'autres transformateurs, plus petits. Pour eux, le moment est très opportun.

Les distributeurs tels que Provigo-Loblaw, IGA-Sobeys et Métro reconnaissent que le marché n'est plus aussi homogène qu'il était. Les consommateurs recherchent autre chose que des marques alimentaires. Tous démontrent une certaine ouverture envers les produits locaux.

Les distributeurs octroient une importance accrue envers les fournisseurs de moins grande envergure. L'offre sera toujours davantage régionalisée et adaptée à une demande qui diffère d'une région à l'autre. Il existera de plus en plus d'opportunités pour nos petits transformateurs qui ont toujours eu de la difficulté à se frayer un chemin sur nos tablettes d'épicerie.

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