Des universités obèses

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Jean G Lengellé

Ancien cadre à l'Université du Québec en Outaouais

Les dernières coupures en éducation par Québec représentent en réalité une chance unique pour réduire, normaliser et améliorer le rendement des universités, et bien entendu de garantir la qualité de leurs finissants.

En santé humaine, on a fini par comprendre qu'il fallait lutter contre l'obésité en supprimant les causes multiples que sont les excès de gras, de sel et de sucre dont les effets combinés sont particulièrement nocifs, voire potentiellement mortels.

En santé universitaire, l'impact est le même, si on considère la croissance démesurée du clientélisme qui s'exprime par les admissions au rabais, la multiplication de certificats, la pléthore de chargés de cours, et la démesure de la quantité de personnel non professoral, sans oublier les dégrèvements d'enseignement consentis aux professeurs pour compenser les prétendues tâches administratives. Et sans se rendre compte que tous les postes afférents à ces avantages n'ont aucune espèce d'impact réel sur la formation universitaire proprement dite.

Autrement dit, l'université n'a pas pour seule fonction de «gérer», elle a pour fonction de former et de développer la connaissance au plus haut niveau.

Former, comme à l'UQO, des agents immobiliers avec un certificat de premier cycle ne semble en aucun cas répondre tant à un besoin universitaire qu'à une expertise spécifique de l'institution.

Il faut mettre un frein à ces certificats sans grande valeur, voire même à les supprimer, en laissant chaque ordre d'enseignement (secondaire, cégep) les offrir, et permettre aux professeurs réguliers de se concentrer sur leur discipline.

Bien entendu, le plus horriblement ridicule étant le baccalauréat par cumul de certificats, autrement dit trois fois des cours de première année, au lieu d'une progression comme normalement l'exige la structure d'un programme! Les normes d'admission doivent être respectées, et que si un baccalauréat requiert un diplôme collégial spécifique, il est absurde d'admettre des étudiants qui n'en soient pas munis.

Tant le secondaire que le cégep offrent de la formation pour adultes. Ce n'est pas le rôle de l'université, même si cela n'est utilisé que comme justificatif d'une croissance qui à son tour génère des fonds du ministère. Car pour Québec, un étudiant est un étudiant, sans évaluer ni ce qu'il fait, ni ce qu'il apprend, et bien sûr ni ce qu'il n'apprend pas. Ajoutons à cela la nécessité d'un doctorat pour devenir professeur d'université, ce qui semble élémentaire. Sauf que de petits malins ont compris que doctorat peut comprendre tout doctorat, même sans lien avec la discipline enseignée; ils se sont donc précipités vers un doctorat en éducation, le seul doctorat qui fasse rigoler par sa facilité...

Une cure minceur semble la meilleure façon d'asseoir une bonne réputation, et ça presse.

Au lieu de laisser pérorer les universités du Québec sur leurs politiques d'évaluation des professeurs, devenues au mieux des concours de popularité, pourquoi le ministère de l'Éducation n'évalue-t-il pas la performance de ces mêmes universités?

Le ministre François Blais exige de la rigueur et de la cohérence, il est dans la bonne voie. Il lui reste à ressusciter un Conseil des universités avec des moyens susceptibles de remonter la pente, et de mettre fin aux seules rencontres à l'Assemblée nationale avec le comité parlementaire qui n'a aucune espèce de compétence en la matière. Tâche additionnelle, la fin de la création des succursales partout sur le territoire comme le «Pôle Gérin-Lajoie», véritable caricature de la formation universitaire.

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