L'Islam usurpé par les djihadistes

Ali Hannat.... (Courtoisie)

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Ali Hannat.

Courtoisie

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Ali Hannat

L'auteur est un politologue résidant à Gatineau.

L'Islam est devenu un bouc-émissaire des dérives des djihadistes de Daesh («l'État islamique»), de Boko Haram ou des errances d'aventuriers solitaires et un fourre-tout pour des interprétations aussi fallacieuses qu'archaïques d'imams autoproclamés.

Ces amalgames méritent quelques clarifications afin de démystifier, soit peu, ce djihadisme en se basant sur le contenu même du Coran au nom duquel il sème la terreur.

La première évidence est que le djihadisme est une déformation aberrante de la lettre et de l'esprit de la religion musulmane et ceci à travers sa vision réductrice aux antipodes des réelles prescriptions contenues dans le Coran. Ces djihadistes se ressourcent plutôt dans les enseignements d'Ibn Taymiya au XIIIe siècle, et leurs actions sont l'application d'une jurisprudence décontextualisée. Ce théologien est le plus influent du hanbalisme, matrice du courant rigoriste wahhabite de l'Arabie saoudite, qui rejette sans conteste toute idée d'innovation et n'admet que l'interprétation littéraliste du texte sacré.

Même cette lecture littérale, les djihadistes auraient pu y trouver les preuves de leur égarement, par exemple, en forçant la conversion des non-musulmans. Le Coran consacre clairement la liberté de croyance «À vous votre religion; à moi ma Religion» (sourate 109/verset 6) et la réitère par un autre verset: «Est-ce à toi (Mohamed, non Mahomet) de contraindre les gens à devenir croyants» (s.10/v.99), car «Si Dieu l'avait voulu, il aurait fait de vous une seule communauté. Mais il a voulu vous éprouver par le don qu'il vous a fait.»

Ils auraient pu également trouver que l'immolation est un acte banni par un ordre explicite du Prophète Mohamed.

En plus de ces déviances, les djihadistes ont usurpé la notion même de djihad en la détournant de son essence et de sa finalité au profit d'une guerre sans éthique, ni foi ni loi. Le Coran insiste plutôt sur le «grand djihad», celui de «la lutte contre le moi intérieur», l'effort par excellence aussi bien intellectuel que spirituel contre les mauvaises passions et tous les vices qui détournent l'être humain de la voie qui conduit à la plénitude de sa foi. Par contre, le djihad armé, qualifié de «mineur», est un acte de légitime défense avec des règles de respect de l'adversaire et la protection des civils et des vaincus.

Néanmoins, leur stratégie de conquête des territoires est suicidaire. De nos jours, un État, encore moins un califat, ne peut exister et se bâtir sur la violence et la terreur et en défiant toute la communauté internationale.

C'est pourquoi la réponse à la radicalisation des jeunes demeure la démystification de la propagande djihadiste par l'enseignement des vraies valeurs de la religion. Le djihad de l'âme et du self-control envers tous les excès, les tentations et les interdits. Le vrai djihad, pas celui d'imams-guignols, de fatwas obscurantistes et outrancièrement farfelues.

Les musulmans canadiens ne peuvent rester inactifs en se réfugiant derrière les condamnations stériles, les jérémiades et la désolation que leur religion soit prise en otage par une secte.

Elle doit emprunter la voie de l'ijtihad (réflexion) en puisant dans l'esprit critique, le rationalisme des Mutazilites, l'héritage des philosophes arabes comme Ibn Sina (Avicenne), Ibn Rochd (Averroès), El Farabi. Elle doit faire contrepoids à l'idéologie extrémiste en faisant connaître l'authentique essence de cette religion et redécouvrant les valeurs universalistes humanistes qui sont au coeur du message coranique.

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