La valse de l'après-Target

En 2013, l'économie était désorientée, l'incertitude planait avec l'arrivée... (Patrick Woodbury, LeDroit)

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Patrick Woodbury, LeDroit

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Sylvain Charlebois

L'auteur est professeur en distribution et politiques agroalimentaires à l'Université de Guelph.

En 2013, l'économie était désorientée, l'incertitude planait avec l'arrivée incessante de Target, tandis que Sobeys venait d'acquérir Safeway et Loblaw achetait Shoppers Drug Mart, deux coups de maître en quelques mois.

Aujourd'hui, l'industrie est en bien meilleure posture. Les résultats financiers des trois grands du secteur, Loblaw, Sobeys et Métro, rassurent ces jours-ci. L'inflation alimentaire a aidé à hausser les marges bénéficiaires, surtout pour les produits en périphérie des magasins où l'on retrouve souvent les produits périssables comme les viandes, produits laitiers, fruits et légumes. Même si Walmart a profité d'un nombre plus important de consommateurs qui recherchent des aubaines, ses concurrents ont rehaussé la qualité de leur offre et amélioré leurs pratiques de gestion des coûts.

Avec le départ rapide de Target du Canada, plusieurs s'empressent de se repositionner.

Il y a à peine quelques semaines, Walmart annonçait sa résolution de continuer son ascension spectaculaire dans le monde alimentaire en convertissant des dizaines de magasins en Supercentres, à l'intérieur desquels Walmart consacre beaucoup d'espace à l'alimentation. Du coup, l'entreprise annonçait également que quelques magasins Walmart additionnels verraient le jour.

Pour complémenter son expansion, Walmart développe aussi de nouveaux produits dans des cuisines-laboratoires et tente tranquillement de concevoir sa propre marque dans l'alimentation au Canada. Sa part de marché augmente, mais son offre expérientielle est monotone, tout au plus.

C'est maintenant au tour de Loblaw d'aller de l'avant avec sa stratégie d'expansion. Le numéro un de l'alimentation au Canada estime que l'entreprise créera 5000 emplois en ouvrant 50 nouveaux magasins.

Avec ses deux projets pilotes à Toronto et Régina, Loblaw tient à développer un modèle optimal afin de concevoir l'amalgame parfait entre les cosmétiques, la pharmacie et l'alimentation dans ses Shoppers Drug Mart nouvellement acquis. Une bonne somme d'argent sera consacrée à renouveler l'image des Shoppers. Les quelque 1200 magasins Shoppers, bien situés pour vendre des produits à marge élevée dans les grands centres urbains, en ont grandement besoin pour développer une loyauté alimentaire chez les consommateurs mieux nantis. Afin de consolider sa position sur le marché et demeurer au premier rang au Canada, Loblaw doit s'assurer que son réseau de pharmacies joue un rôle de levier pour ses marques privées bien connues, dont Le Choix du Président.

Tout comme Walmart, Loblaw profite d'un contexte immobilier favorable à l'investissement. Avec le départ de Target, le parc immobilier commercial s'offre au rabais pour ceux qui cherchent de l'espace. Les deux entreprises font donc preuve d'opportunisme. Plusieurs propriétaires cherchent désespérément de nouveaux locataires pour occuper les quelque 15 millions de pieds carrés laissés vacants par Target.

Bref, avec des investissements qui frôlent les deux milliards de dollars en distribution depuis quelques semaines, un vent d'optimisme souffle sur l'industrie.

En agroalimentaire, si le détail va, tout va. Les secteurs primaires et de la transformation secondaire en bénéficieront probablement. Bien sûr, il ne faut pas oublier que Sobeys, Costco et surtout Métro auront immanquablement leur mot à dire dans les prochains mois.

Entre-temps, que la valse de l'après-Target continue.

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