Changer la culture du hockey masculin

Les joueurs de hockey n'ont pas bonne presse ces temps-ci, particulièrement... (Archives, Le Soleil)

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Isabelle Côté, Simon Lapierre

Les auteurs sont respectivement candidate au doctorat en service social de l'Université de Montréal et professeur agrégé à l'École de service social de l'Université d'Ottawa.

Les joueurs de hockey n'ont pas bonne presse ces temps-ci, particulièrement dans notre région. Il y a un an, nous apprenions que des événements troublants impliquaient plusieurs joueurs des Gee Gees de l'Université d'Ottawa. Ces événements ont d'ailleurs mené à la suspension de l'équipe, au congédiement de l'entraîneur et à des accusations d'agression sexuelle contre deux joueurs de l'équipe.

Nous apprenions récemment que des joueurs des Olympiques de Gatineau qui sont impliqués dans une situation qui, à première vue, ne semble pas si différente. Si tous les commentateurs semblent s'entendre sur le fait que les gestes posés sont de nature indécente, des doutes importants persistent quant au consentement de la femme, qui aurait été dans un état d'intoxication. Les policiers, la direction des Olympiques et la Ligne de hockey junior majeure du Québec procèdent actuellement à des enquêtes internes. Des joueurs de cette même équipe se retrouvent encore dans les médias cette semaine, cette fois-ci pour des incidents qui seraient survenus lors d'un voyage à Québec en janvier 2014.

Des situations comme celles-là, qui ne sont pas propres au hockey, nous amènent néanmoins à nous interroger sur l'existence d'une certaine culture masculine malsaine au sein de cette discipline sportive, qui va à l'encontre des principes de respect et d'égalité femmes-hommes et qui contribue ainsi à la banalisation, à la justification et à la légitimisation de la violence sexuelle. S'il est essentiel de reconnaître que tous les joueurs de hockey ne posent pas des gestes dégradants ou violents à l'endroit des femmes et que les hommes qui commettent de tels gestes doivent être eux-mêmes tenus responsables de leurs actions, il est de plus en plus évident que le problème est structurel et non seulement individuel.

Sentiment de légitimité

Si des hommes ont des comportements dégradants ou violents à l'endroit des femmes, c'est parce qu'ils sentent qu'ils ont la légitimité d'agir ainsi et qu'il n'y aura pas de conséquence pour eux. Ce sentiment de légitimité est partagé par plusieurs hommes, mais il n'en demeure pas moins que les joueurs de hockey évoluent dans une culture qui fait la promotion d'un certain modèle de masculinité, de virilité et de violence du pouvoir masculin.

Si les comportements dégradants et violents commis par des joueurs de hockey sont extrêmement problématiques, il faut également s'interroger sur la loyauté démontrée par les joueurs d'une équipe lorsque de tels cas sont rapportés. Au nom de la loyauté ou de la «solidarité masculine», il semble que des joueurs soient généralement prêts à fermer les yeux ou à garder le silence sur des situations de violence sexuelle pour défendre leurs coéquipiers.

De plus, le prestige et le «vedettariat» associés au hockey masculin contribuent à renforcer le sentiment de légitimité chez les joueurs. En effet, lorsque des comportements dégradants ou violents sont rapportés, ces hommes bénéficient souvent d'une vague de sympathie de la part du public, tandis que les propos et la crédibilité des victimes sont remis en cause.

Pour qu'un réel changement soit possible, il faudrait sans doute assister à une profonde remise en question de cette culture masculine malsaine, bien implantée au sein des équipes de hockey masculin.

Choix individuel

Néanmoins, des joueurs peuvent faire le choix, individuellement ou collectivement, de dénoncer les gestes de violence sexuelle commis par leurs coéquipiers, ainsi que tout autre geste qui va à l'encontre des principes de respect et d'égalité entre les femmes et les hommes.

Leur sentiment de loyauté et leur solidarité devraient être ciblés vers les femmes victimes et non vers les hommes qui commettent ces gestes, qu'ils soient ou non leurs coéquipiers.

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