Attention à la fausse sécurité

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Daniel St-Jean

L'auteur est directeur de l'organisme Droits-Accès de l'Outaouais

La sécurité et la liberté sont les deux valeurs fondamentales sur lesquelles repose la démocratie. D'ailleurs, ce sont les deux premiers droits reconnus par l'article 1 de notre charte des droits.

Ces deux valeurs sont des valeurs concurrentes qui s'équilibrent. Cela signifie que lorsqu'on favorise la sécurité, on réduit la liberté et inversement.

Or, depuis le 11 septembre 2001, la sécurité a pris une place de plus en plus importante dans notre vie sociale et politique.

Au nom de cette sécurité, nous nous sommes redonnés la permission de torturer, d'arrêter et d'emprisonner des citoyens sans mandat, de garder la preuve cachée et de juger promptement et à huis clos.

C'est aussi cette sacro-sainte sécurité qui amène nos commissions de libération conditionnelles à rendre plus difficile la réinsertion sociale des détenus au profit d'une prison onéreuse qui est l'école du crime.

Cette recherche de fausse sécurité nous amène aussi à installer des caméras et des gardiens partout, y compris dans les corridors des hôpitaux, à dépenser l'argent qu'on n'a pas pour mettre des bracelets électroniques au pied des nouveau-nés, à fouiller à nue une adolescente dans une polyvalente, à cacher les informations qu'un gouvernement détient sur nous, à chasser la science des choix gouvernementaux, à interdire au peuple de manifester ses désaccords, à attaquer les sources journalistiques, à faire taire Radio-Canada, à enfermer en psychiatrie des personnes bien moins dangereuses que celles qu'on voit à la commission Charbonneau et, bientôt, à amputer de nouveau la Charte canadienne des droits pour donner encore plus du pouvoir aux gouvernements (et à ses agents) qui nous surveillent. Cette dérive sécuritaire s'accentue et nous semblons totalement inconscients que nous sommes en train de couper la branche sur laquelle est bâtie notre démocratie.

Une part grandissante de nos dépenses militaires sont en voie d'être détournées vers des dépenses de sécurité interne. La guerre est de moins en moins ailleurs et de plus en plus parmi nous. Il pourrait être bien utile à un dirigeant aux idées rétrogrades de pouvoir confondre sous un seul vocable (terroriste) tous ceux qui les dérangent (fous, pauvres, artistes, visionnaires et opposants). Il est pourtant indiscutable que la criminalité a chuté au Canada à chaque année depuis plus de vingt ans. Au cours de la même période, nous sommes devenus très impatients face à tout comportement différent, face à toute plainte, toute expression de souffrance et toute expression de colère. Même les débats tentant de répondre à ces questions sont impopulaires, inhibés et devenus suspects ou dérangeants.

Et qu'est-ce qui, pendant ce temps, prend toute la place dans l'espace publique?

Des midinettes, des humoristes insignifiants et des leaders gouvernementaux récupérant avec une armada de moyens législatifs, la détresse du moindre petit gars qui va mal et qui se trouve une identité de remplacement en joignant, via internet, les rangs d'un État islamique possiblement financé par une puissance occidentale.

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