Les stationnements ne sont pas gratuits

Le stationnement est une fatalité pour les conducteurs comme un avion a besoin... (Archives LeDroit)

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Benoit Delage

L'auteur est directeur général du Conseil régional de l'environnement et du développement durable de l'Outaouais

Le stationnement est une fatalité pour les conducteurs comme un avion a besoin d'un aéroport pour se poser, les deux sont intimement liés. Nous avons la mauvaise habitude d'exiger des places de stationnements devant la porte du commerce que nous visitons et si possible, gratuitement. Cependant, ce désir a un prix que nous avons de la difficulté à évaluer parce que les coûts sont généralement invisibles et transférés à l'ensemble de la société. Par contre, de plus en plus d'études sont en mesure de chiffrer le coût réel des externalités du stationnement « gratuit ».

Il y a des coûts qui sont plus apparents que d'autres. Par exemple, le stationnement qui est offert à votre épicerie. En plus des coûts d'entretien (nettoyage et déneigement), il faut compter le coût du terrain et le pavage du stationnement. En tenant compte de tous ces coûts, la facture monte vite et s'élèverait à 805$ par année. L'épicier transfère ces coûts dans votre panier d'épicerie. Pour un stationnement souterrain au centre-ville, le coût pourrait augmenter à 4023$, et cela, principalement à cause du coût d'infrastructures et de la valeur du terrain.

Le problème de surabondance de stationnements en Amérique du Nord est majeur. On dénombre environ quatre à cinq espaces de stationnement par voiture. Certains chercheurs avancent même un ratio de huit stationnements par voiture dans certaines régions.

Une abondance de stationnement occasionne plus de circulation. Selon une étude, 30% des voitures en mouvement dans un centre-ville sont à la recherche d'un un stationnement. Sans être la principale raison, cela a contribué à une «surutilisation» de la voiture avec ses conséquences en termes de congestion, de pollution, d'émission de gaz à effet de serre, de qualité de vie, de bruit ou d'accidents. L'abondance des surfaces asphaltées augmente aussi les problèmes environnementaux de surverses et d'îlots de chaleur.

Puisque le centre-ville de Gatineau est le lieu de travail de milliers de gens, le stationnement s'y trouve en grand nombre. Cette abondance de stationnements de surface envoie un mauvais signal sur la vitalité de notre centre-ville et entre dans une dynamique du « tout-à-la voiture » qui laisse peu de places aux piétons.

D'ailleurs, l'administration municipale de Gatineau voit cette surabondance d'espace asphalté dans le centre-ville de Hull comme une occasion de développement économique et un levier financier pour développer son réseau de transport en commun. À ce jour, seule la Ville de Montréal possède le pouvoir d'imposer une telle taxe foncière sur les parcs de stationnement extérieurs afin de financer le transport collectif. Cette nouvelle taxe avait eu l'effet pour Montréal de réduire considérablement la marge de profit des propriétaires de stationnements, ce qui a encouragé le développement immobilier de ces terrains et, par le fait même, augmenter ces revenus fonciers.

En décembre dernier, une demande a été faite par le conseil municipal de la Ville de Gatineau au gouvernement Couillard dans le but d'obtenir ce nouveau pouvoir de taxation. Dans le cas du centre-ville de Hull dont le développement est cher à la conseillère Denise Laferrière et à l'équipe du maire Maxime Pedneaud-Jobin, l'impact d'une telle mesure serait double et la Ville ferait donc d'une pierre, deux coups. Maintenant, espérons que Québec y réponde favorablement.

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