À qui revient la responsabilité?

Quelque 200 manifestants se sont présentés à Queen's... (La Presse Canadienne)

Agrandir

Quelque 200 manifestants se sont présentés à Queen's Park, le 24 février, pour protester contre le nouveau cours d'éducation sexuelle.

La Presse Canadienne

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Victor Gravel

Il est fort surprenant, et même inconcevable, que le débat sur l'éducation sexuelle resurgisse, particulièrement en Ontario. Et le plus curieux, c'est que les opposants au programme proposé lui accolent l'épithète de 'catholique'. Est-ce que les protestants, les juifs, les musulmans, les hindous et autres n'ont pas de vie sexuelle?

On invoque en particulier que « la sexualité est la responsabilité exclusive des parents ». Cela est acceptable en principe, mais il n'est pas nécessaire de mener de longues études sociologiques pour reconnaître que la plupart des parents ne sont pas en mesure de s'acquitter de ce devoir. Soit par gêne, par croyance, par timidité, ignorance ou incapacité de communiquer, ils sont démunis devant ce sujet délicat. Pour ce qui est de les consulter, aucune personne sensée ne saurait s'y opposer : c'est là une condition essentielle au succès d'un tel programme.

Doit-on alors s'en remettre à l'école? Pas nécessairement ni entièrement. Il est primordial d'abord que les parents soient éduqués, ou du moins renseignés, sur le programme visé, son contenu, son mode de présentation et qu'on lui assure un suivi constant. Cela n'est pas une mince tâche, devant les résistances, l'incompréhension ou l'indifférence.

Il faut de plus que le programme soit bien 'calibré'. Quand on dit que « c'est trop explicite pour des enfants », c'est là un argument des plus fallacieux. Peut-on imaginer qu'un programme d'éducation bien conçu oserait proposer à des enfants de dix ans des sujets comme la masturbation, la fellation, les pratiques sado-masochistes? Il faudrait plutôt toucher d'abord des points plus abordables comme par exemple ce qu'on pourrait appeler le « mystère de la naissance », avec les explications appropriées, pour en arriver plus tard aux relations interpersonnelles basées sur le respect mutuel, ou encore à la grossesse, à l'avortement, à la contraception et même à la naissance d'un enfant incluant, bien sûr, la responsabilité des garçons aussi bien que des filles. Le sujet est si vaste et important qu'il ne peut être précipité, galvaudé ou confié à des gens non préparés.

Sujets délicats

On pourra alors aborder progressivement des sujets plus délicats, selon l'âge et la disponibilité sociale et intellectuelle des apprenants avec, dans la mesure du possible, la participation des parents. Il ne faut pas non plus se leurrer : l'éveil à la sexualité chez les jeunes, de même que l'activité sexuelle chez les deux sexes, peuvent survenir aussi tôt qu'à dix ou douze ans. Avec l'accès facile à Internet, aux divers médias sociaux, à la télé, au cinéma ainsi qu'aux renseignements souvent erronés de leurs compagnons et compagnes, les jeunes sont souvent plus 'renseignés' qu'on pense. Faut-il attendre de découvrir deux ou trois filles enceintes dans une classe pour intervenir, et surtout pour prévenir?

De toute évidence, ce n'est pas là une tâche à confier à n'importe qui. Comme on ne demande pas à un professeur de musique d'enseigner les mathématiques ou à une prof de cuisine d'enseigner la mécanique, il faut que les enseignants, hommes ou femmes, chargés de l'éducation sexuelle, soient formés, ou du moins bien renseignés et encadrés. Car, à cause de son caractère éminemment personnel et sensible, l'éducation sexuelle exige un traitement délicat, sinon une compétence professionnelle.

Devant cette situation, il est d'autant plus déplorable qu'au Québec, où l'on avait pourtant entrepris une démarche prometteuse, on ait, sous des pressions occultes, aboli ce programme éminemment nécessaire. La situation en est-elle tellement meilleure depuis ce temps?

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer