2015, l'année des villes?

 (MARTIN ROY, Archives LeDroit)

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Maxime Pedneaud-Jobin

L'auteur est maire de Gatineau.

L'auteur est maire de Gatineau.

Je suis un nouveau maire, élu il y a à peine un an à Gatineau.

Jusqu'en décembre dernier, j'étais plein d'espoir, heureux d'arriver en poste à une époque où tous les partis politiques provinciaux semblaient déterminés à enfin faire sortir les villes du carcan dans lequel elles se trouvent depuis deux siècles, carcan qui entrave leur développement et celui de tout le Québec. En matière municipale, les intentions du gouvernement étaient claires et stimulantes. J'avais l'impression que nous allions enfin donner au Québec le moteur économique et social dont il a bien besoin: des villes plus autonomes.

En décembre dernier, mon enthousiasme a été considérablement ébranlé par les attaques du ministre Moreau contre Laval et Longueuil. En remettant en question le droit des villes de gérer leur propre hausse de taxe, le ministre s'attaquait aux fondements mêmes de l'autonomie municipale. On aurait dit qu'on reculait de 40 ans.

Les villes sont des acteurs incontournables du développement économique et du développement social.

Elles font bouger les jeunes, luttent contre la pauvreté, accueillent les immigrants, combattent la solitude chez les aînés. Elles gèrent les déchets, les eaux usées, le recyclage, le compostage, l'eau potable. Elles sont les principales diffuseuses de culture. Elles sont la source principale de l'offre en sports et en loisirs. Elles sont (ou devraient être) des partenaires de tous les instants du monde de l'éducation, du CPE à l'université.

Elles font tout cela parce qu'elles sont le palier le plus apte à connaître à la fois les besoins et les ressources de la communauté. Elles travaillent quotidiennement avec des organismes communautaires, les gens d'affaires, avec le réseau de la santé, avec les écoles, avec des gens de culture et de sport.

Pourtant, comme gouvernement de proximité, les villes jouent tous ces rôles avec une main attachée dans le dos et une fiscalité préhistorique. Par exemple, elles essaient d'entretenir 58% des infrastructures publiques, avec seulement 8% des taxes et impôts payés par les contribuables, tous gouvernements confondus. L'état de nos rues témoigne bien de l'incohérence mathématique de cette équation.

De plus, chaque fois qu'elles lèvent le petit doigt, elles doivent demander des permissions. Québec leur impose le nombre de pompiers ou de policiers à embaucher (40% des nouvelles embauches à Gatineau depuis 12 ans). Elles n'ont pas le droit d'éviter le plus bas soumissionnaire, même s'il est incompétent. Elles n'ont même pas le droit de mettre leurs avis publics uniquement sur Internet, et doivent encore publier dans un journal.

C'est désespérant.

Légiférer les hausses de taxes

L'an dernier, le gouvernement a réduit les en-lieu de taxe, ce qui équivaut à refuser de payer pour les services comme les aqueducs ou le déneigement que nous donnons aux hôpitaux, aux écoles, aux bureaux provinciaux présents chez nous. Nous n'avions pas le droit de faire des déficits (c'est bien), Québec veut maintenant légiférer sur les hausses de taxe et déterminer lui-même quel niveau de surplus est acceptable (c'est ridicule). Québec prétend mieux connaître nos budgets que nous-mêmes, alors que nous débattons publiquement de nos choix budgétaires, nos médias nous surveillent, nos électeurs nous sanctionnent, notre vérificateur général nous inspecte.

Les solutions pour relancer les villes sont connues depuis longtemps et faisaient consensus: réforme de leur fiscalité, plus grande autonomie administrative. L'histoire a démontré que les États centraux devraient prendre exemple sur les villes plutôt que les bâillonner.

Selon Jean Haëntjens, auteur de Crises: la solution des villes, alors que la démocratie nationale «a du mal à dépasser le débat efficacité économique versus justice sociale», la démocratie locale «invente des stratégies qui se déploient sur tous les champs de la vie en société; elle jouit de la confiance des citoyens; elle réussit». Dans notre intérêt à tous, 2015 doit être l'année où les villes prennent la place qui leur revient.

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