L'incohérence du ministre des Finances

Joe Oliver... (Photo PC)

Agrandir

Joe Oliver

Photo PC

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Jean-Pierre Aubry

L'auteur est économiste, fellow associé au CIRANO et ex-cadre supérieur de la Banque du Canada

Le ministre des Finances, Joe Oliver, a eu raison de retarder la présentation du budget jusqu'en avril compte tenu de l'ampleur de la chute du prix du baril de pétrole et de l'incertitude de ce prix à moyen terme.

Ce choc peut avoir de d'importantes conséquences non seulement sur l'économie mais aussi sur les finances du fédéral et des provinces. La récente décision de la Banque du Canada de réduire de 0,25% son taux directeur témoigne d'ailleurs de l'ampleur de ce choc négatif sur notre économie.

Face à beaucoup d'incertitude, il est préférable de ne pas trop faire de projections et d'éviter des affirmations sur certaines éventualités. Le ministre ne semble pas vouloir être prudent dans ses propos. Après avoir annoncé le report du budget, il a affirmé qu'il contiendrait un retour à l'équilibre en 2015-2016. Il a même dit que cela serait possible sans coupures de services.

Que d'assurance dans une période de grande incertitude! N'y a-t-il pas là une certaine incohérence? Les études des grandes banques canadiennes et du Directeur parlementaire du budget disent que, sans modifications budgétaires et fiscales, il est loin d'être certain que ce retour à l'équilibre budgétaire ne se fera pas automatiquement.

Les propos du ministre semblent donc quelque peu incohérents; j'aurais préféré un peu plus de retenue. Ils laissent entendre que des considérations politiques risquent malheureusement de prévaloir sur des considérations économiques. Le gouvernement Harper veut à tout prix ce retour à l'équilibre budgétaire en cette année électorale. C'est perçu comme étant une question de crédibilité et d'idéologie. Que sera-t-il prêt à faire pour respecter cette promesse? Ne pas le faire passerait également le message que les «bonbons» de 4,5 milliards$ en novembre seraient une erreur. On aurait vendu la peau de l'ours avant de l'avoir tué.

Pas à tout prix

Si le prix du pétrole stagne, il n'est pas du tout approprié de «forcer» un budget équilibré en 2015-2016. Une politique plus accommodante serait peut-être de mise. Les provinces productrices de pétrole passeront à travers une période difficile et celles du centre auront besoin d'aide pour accroître leurs exportations. De sorte que le ministre devrait plutôt se mettre en mode analyse, tout en étant plus avares de commentaires.

Cela rappelle 2009. Le gouvernement Harper ne voulait pas croire qu'une récession mondiale se produisait et que le Canada serait fortement affecté.

Il a même produit un premier budget basé sur de ses attentes trop optimistes et fortement imprégné de ses préférences idéologiques. On connaît la suite; ce budget a été remplacé par un autre basé sur une analyse financière et économique de meilleure qualité où était inclus un véritable plan de relance...

Les deux prochains mois doivent être, pour le parti au pouvoir et ceux de l'opposition, un temps d'analyse et de réflexion et non un temps pour lancer des propos pour mieux se positionner sur le plan politique. Malheureusement, ce ne sera pas le cas.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer