Le projet de loi 20 et l'accès aux soins de santé

Gaétan Barrette... (Archives, La Tribune)

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Gaétan Barrette

Archives, La Tribune

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Dre My Lan To

L'auteure est omnipraticienne, GMF de Gatineau et CHSLD Champlain de Gatineau

Le projet de loi 20, fidèle à l'esprit de son ministre Gaétan Barrette, propose de régler un problème complexe en adoptant une approche grossière et sans nuance. Montrer du doigt les omnipraticiens et leur supposée fainéantise est payant d'un point de vue de l'opinion publique (jamais sympathique à la cause de gens «bien nantis», quelles que soient leurs doléances) et témoigne d'un certain mépris - typique chez certains spécialistes - pour les «omnis», pris comme des véritables bouche-trous du système de la santé. Voici quelques pistes de réflexion occultées par ce projet de loi «bulldozer».
Notre expertise est mal utilisée. Libérez les omnipraticiens de tous les suivis dits «de routine» chez les gens en bonne santé: suivi de grossesses normales, pap tests, contraception et dépistage de MTS, suivis routiniers de la petite enfance, vaccins, diabète et j'en passe. Pourquoi ne pas les confier à des infirmières de CLSC par exemple, qui pourraient référer à un «spécialiste en médecine familiale» si nécessaire?

Tous les Québécois n'ont pas besoin - ni ne désirent - un suivi régulier chez un médecin. Les patients avec des maladies chroniques, cela va de soi. Mais tous les autres? Les gens qui n'ont que des besoins sporadiques pourraient se tourner vers l'une de ces «super-cliniques», promesse électorale oubliée du Parti libéral, pour ensuite être rapidement référés au besoin vers des spécialistes, dont nous faisons partie par notre titre de spécialistes en médecine familiale... Une fois le problème réglé, le dossier de ces patients serait fermé, tout comme le font nos confrères spécialistes. Le corridor d'accès doit être renforcé pas seulement vers les bouche-trous du système que nous sommes, mais vers toutes les spécialités. Un patient avec un problème strictement orthopédique, par exemple, devrait n'être référé qu'à un orthopédiste et à lui de le prendre totalement en charge. Libérez-nous des formulaires d'invalidité que nos confrères spécialistes refusent de compléter! Et libérez-nous des angoisses et des souffrances de nos patients qui attendent des mois et des années pour les voir...

L'incroyable diversité de types de pratique des omnis au Québec reflète une multitude de profils de médecins, aux intérêts, aptitudes intellectuelles, capacités physiques et psychologiques très variés. N'y a-t-il pas une façon d'améliorer l'accès aux soins tout en respectant cette diversité? Que ceux qui se sentent plus à l'aise de faire des évaluations type urgence/sans rendez-vous assurent la bonne marche des super-cliniques? Que ceux qui préfèrent faire le suivi le fassent? Etc. Les forces de chacun y seraient mises à contribution tout en respectant le choix des médecins sur leur façon d'y participer. Évidemment, nous serions tous tenus d'y participer... et les spécialistes aussi bien sûr, car le ministre de la Santé à tendance à les oublier!

Finalement, en imposant des quotas de patients aux omnipraticiens, le gouvernement témoigne d'un manque d'humanité désolant. Malheureusement, ceci ne semble choquer personne - au contraire - à part ceux d'entre nous habitués à écouter, examiner et soigner des malades éprouvés, souvent usés et souffrants. Car il est faux de dire que tous les patients sont égaux. Un patient n'égale pas un patient. Mille patients n'égalent pas mille patients. Menacer de pénaliser les médecins qui prennent le temps pour soigner les patients qui demandent tout simplement du temps est odieux et devrait être décrié, et pas seulement par les médecins.

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