Charlie Hebdo, barbarie et civilisation

La barbarie et la guerre constituent le quotidien... (Archives La Presse)

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La barbarie et la guerre constituent le quotidien des résidents d'Alep où un jeune garçon court pour éviter les tirs des snipers de l'armée de Bachar el-Assad.

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Salah Basalamah

L'auteur est professeur, École de traduction et d'interprétation, Université d'Ottawa

Après les attentats absolument condamnables perpétrés à Paris, les discours ont été de tous les genres. Des plus dignes aux plus émouvants (les amis des victimes et l'épouse de Charb), des plus accusateurs (Le Pen en demandant la suspension des accords de Schengen) aux plus défensifs (certains imams qui s'affairent à réfuter toute relation avec l'islam) et des plus grossiers (attaquant des mosquées) aux plus subtilement condescendants (exigeant à tout prix des musulmans de condamner les attentats)...

À l'heure où les grands récits de l'unité, de liberté, d'égalité et de fraternité nous sont servis sans aucune nuance sur l'état des relations avec les musulmans de France, Nicolas Sarkozy a déclaré à l'Élysée: «Il faut que les gens civilisés s'unissent face à cette barbarie. C'est une guerre déclarée à la civilisation. La civilisation a la responsabilité de se défendre».

Dans cette déclaration, trois mots-clés à considérer: barbarie, guerre et civilisation. Des mots qui doivent en fait nous replacer dans la perspective plus élargie du monde globalisé d'aujourd'hui.

La barbarie et la guerre constituent pourtant le quotidien de nations entières dans le monde arabe (Syrie, Irak, Libye, Yémen, Égypte, Palestine). Un quotidien malheureusement cautionné par les défenseurs auto-déclarés de leurs antithèses.

Que fait-on par exemple pour ces millions de Syriens bombardés, déplacés, exilés, réduits à la famine et frigorifiés par l'hiver? Qu'a-t-on fait pour arrêter la machine à détruire israélienne à Gaza avec ses 2200 tués dont le quart sont des enfants? Qu'a-t-on fait pour la liberté d'expression en Égypte dont le régime du coup d'État a emprisonné et torturé des dizaines de journalistes et des dizaines de milliers de citoyens?

On ne peut pas être indemne ni de la guerre ni de la barbarie lorsqu'on les soutient, les nourrit ou les ignore tout au moins, parce qu'elles se déroulent ailleurs.

Civilisation?

Quant au terme de «civilisation», il est le signal de la persistance insuffisamment critiqué d'un discours hiérarchisant qui dessine les frontières entre le bien et le mal, entre l'intérieur et l'extérieur. Ancienne configuration mentale qui n'a plus cours aujourd'hui.

De même que l'Europe a pu se questionner sur les raisons des deux guerres mondiales, l'Occident politique d'aujourd'hui doit faire le même examen de conscience. À la lumière de tous les incidents qui ont ébranlé les métropoles occidentales depuis 15 ans, de New York à Paris en passant par Londres, Ottawa et Sydney, il faut se demander ce qui a pu créer, de l'intérieur et aux mains de leurs propres enfants, la monstruosité qui ne cesse cependant de pointer un doigt accusateur vers elles.

La civilisation est d'une part la capacité de mettre en avant le principe d'une justice inclusive. Mais c'est aussi la responsabilité de considérer la perspective la plus large et de ne pas oublier les liens établis - qu'on le veuille ou non - entre les scènes d'horreur dans nos sociétés occidentales et celles qui se multiplient dans de nombreux pays à majorités musulmanes notamment.

Si la liberté d'expression est aussi sacrée qu'on le dit, c'est aux citoyens libres des démocraties occidentales de jouer leur rôle en reprenant leurs voix (dans tous les sens du terme) pour mener la guerre contre toutes les barbaries, y compris celles qu'on commet en leur nom, indirectement et loin d'ici.

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