Une brève histoire de la Francophonie

Au moment où Michaëlle Jean, l'ex-gouverneure générale du Canada, vient d'être... (Courtoisie)

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Yao Assogba

Sociologue, professeur émérite et membre de la Chaire Senghor de la Francophonie de l'UQO

Au moment où Michaëlle Jean, l'ex-gouverneure générale du Canada, vient d'être élue au poste de Secrétaire général de l'Organisation internationale de la Francophonie, il est intéressant de présenter une brève histoire de la Francophonie. Celle-ci est d'abord un concept, une philosophie et ensuite une institution.

Le mot «francophonie» (1880) est un néologisme du géographe français Onésime Reclus. Mais c'est le poète, académicien et homme d'État sénégalais Léopold Sédar Senghor qui l'a définie en 1962: «La Francophonie, c'est l'humanisme intégral qui se tisse autour de la Terre: cette symbiose des énergies dormantes de tous les continents, de toutes les races qui se réveillent à leur chaleur complémentaire.»

L'humanisme senghorien admet que tous les peuples se sont influencés dans le passé et continuent de le faire. Il érige en philosophie le métissage de toutes les cultures qui déboucherait sur une «civilisation de l'Universel». Et celle-ci n'aura de sens que si elle intègre la «Francophonie, fille de la liberté, rassemblant autour de la langue française, les anciennes colonies françaises».

Pour Senghor, les composantes culturelles de la Francophonie seraient la francité, l'africanité («symbiose complémentaire des valeurs de la négritude et des valeurs de l'arabité»), la canadienité, la québécité, etc.

Senghor est le chantre de la négritude, mais aussi l'apôtre et l'un des pères de la Francophonie. Dès 1948, il émet le voeu de voir se créer «un Commonwealth à la française». En 1966, dans une conférence à Québec, il attribue au projet francophone une dimension politique manifeste et l'attachement à la langue française. En 1968, l'Organisation commune africaine et malgache conçoit le projet d'une Agence de coopération culturelle et technique «qui réunirait les États utilisant la langue française». En 1970, elle est créée pour faire la promotion et diffuser des cultures francophones mais aussi d'intensifier la coopération entre les pays membres. Le premier secrétaire général fut le Québécois Jean-Marc Léger.

En 1986, le président français François Mitterrand réunit pour la première fois le «Sommet de la Francophonie» à Versailles auquel participaient 42 chefs d'États et de gouvernements. On y a déterminé les domaines de coopération: développement, langue, culture, science... Depuis, 14 autres Sommets ont eu lieu, dont à Québec, en 1987 et 2008, et à Moncton, en 1999.

En 1995, on a créé le poste de Secrétaire général de la Francophonie dont le premier titulaire fut l'Égyptien Boutros Boutros-Ghali (1997-2002), ancien Secrétaire général des Nations-unies. En 2002, l'ex-président du Sénégal Abdou Diouf en devient le deuxième, poste qu'il occupera pendant 12 ans.

En 2005, Diouf hérite d'une nouvelle charte de la Francophonie, réforme les structures et le fonctionnement de l'institution, la dénomme désormais l'Organisation internationale de la Francophonie (OIF) et consolide sa dimension politique en greffant à ses domaines traditionnels de coopération multilatérale, les thématiques de paix, de démocratie et des droits de l'homme. Il a fait beaucoup avancer les choses dans ces champs. Mais il reste encore beaucoup de chemin à parcourir, car bon nombre d'États africains francophones demeurent toujours des dictatures ou des «démocratures», ce néologisme signifiant la dictature maquillée et démocratie truquée.

La nouvelle Secrétaire générale de l'OIF a dit que l'une de ses priorités est le développement. Mais elle aura aussi pour défi de faire avancer la démocratie et l'État de droit en Afrique francophone, car «le développement n'est pas la cause, il est la conséquence de la démocratie».

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