Le monde est heureux dans ce Mexique de malheurs

Des manifestations se sont tenues samedi à Mexico... (PHOTO DAVID MERCADO, REUTERS)

Agrandir

Des manifestations se sont tenues samedi à Mexico en hommage aux étudiants disparus.

PHOTO DAVID MERCADO, REUTERS

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Denis Larose

Autrefois cardiologue à Gatineau, l'auteur réside l'hiver à San Miguel de Allende, au Mexique.

Dans quelques semaines une de mes nièces viendra me visiter au Mexique avec sa fille de 18 mois et son mari. J'ai pensé que nous pourrions nous rencontrer sur la côte du Pacifique, à 6 heures d'auto de ma résidence d'hiver de San Miguel de Allende.

Toutefois le 26 septembre, des événements horribles se sont produits dans l'état du Guerrero. Des étudiants de l'école normale d'Ayotzinapa sont venus à la ville d'Iguala pour quêter de l'argent. La femme du maire tenait une grande réunion ce jour-là et s'est sentie menacée et aurait ordonné aux policiers de s'occuper des 57 étudiants. Selon des témoins, les policiers se sont mis à tirer sur eux, en tuant au moins deux sur le champ et un troisième a été retrouvé mort torturé. Des militaires présents et un médecin ont refusé de venir en aide aux blessés. Les policiers ont enlevé les 43 autres et selon la version gouvernementale fédérale ultérieure, ils ont été livrés par cette police aux dirigeants de la mafia locale, Guerreros Unidos, qui les auraient tués et brûlés pendant toute une nuit dans le dépotoir local et ils auraient jeté les cendres dans la rivière. Par la suite, plusieurs fosses contenant des restes humains ont été découvertes, mais à ce jour on a pu confirmer la découverte des restes d'un seul des 43 disparus.

Nous avons donc décidé d'annuler le voyage prévu aux plages du Guerrero d'autant plus que les mêmes narcotrafiquants responsables de la disparition des étudiants contrôleraient les plages de Ixtapa-Zihuatanejo.

À la place, nous visiterons la capitale, México, à son arrivée. Nous passerons ensuite quelques jours chez moi à San Miguel où la vie est vibrante de culture, d'histoire et de gentillesse. Ces endroits sont très sécuritaires.

Crimes et information

Avant même d'arriver au Mexique en novembre, je suivais les nouvelles au sujet du Guerrero qui serait le plus infiltré des états mexicains par une dizaine de groupes de narcos.

Les 43 disparus du Guerrero attirent l'attention sur les nombreux crimes commis par l'état au Mexique comme le cas de Tlatlaya en juin dernier où il a été clairement démontré que l'armée a tué 22 supposés délinquants de sang froid, tuant même une jeune fille de 15 ans devant les yeux de sa mère.

Les liens entre le pouvoir et la corruption sont révélés dans tout le Mexique, et non seulement à Iguala où les étudiants ont été tués. Le PRI, le Parti révolutionnaire institutionnalisé, contrôle la télévision qui informe 70% des Mexicains. Cette chaîne ne rapporte pas les faits décrits par certains journaux comme La Jornada, ou de périodiques comme Proceso, de telle sorte que malgré les manifestations monstres, les gens ordinaires, comme mon employée de maison, ne sont pas au courant de ces événements et sont grandement influencés par la télé.

Depuis l'arrivée de Peña Nieto à la présidence il y a deux années, on parle de plus de 41000 morts violentes au Mexique.

Le Canada muet

Ce qui inquiète le plus le professeur John Ackerman, professeur à l'Université nationale du Mexique, c'est que «depuis que Peña Nieto a pris le pouvoir, le gouvernement américain n'a pas émis une seule condamnation de la corruption ou des violations des droits humains au Mexique. Ceci dans un contexte dans lequel les principales organisations internationales telles que Human Rights Watch, Article19, et des dizaines d'ONG locales ont documenté une augmentation scandaleuse dans la répression de la contestation et de la violence contre la presse sous l'actuelle administration.

On pourrait ajouter que le Canada fait aussi la sourde oreille.

Les Mexicains sont d'une extrême gentillesse et demeurent très heureux malgré tout ce qui arrive à leur pays, et ils ont l'espoir qu'après avoir survécu aux conquistadors espagnols, à l'Inquisition catholique, à la dictature de Porfirio Diaz, à la révolution de 1910, à la guerre des Cristeros, à 72 années de pouvoir du PRI, un monde meilleur arrivera.

Je suis d'accord avec le ministre mexicain des Droits de la personne pour dire que le Mexique est à la fois un paradis (25 millions de touristes par année y viennent) et un enfer (40000 morts violentes en 23 mois).

Si j'écris ceci, c'est parce que j'aime beaucoup le Mexique. J'y suis venu déjà en 1965 pour y faire du bénévolat avec un groupe d'étudiants du Canada pendant quelques mois. Je constate les immenses progrès mais l'attitude gouvernementale me semble remonter au temps des Conquistadors à qui tout était permis. Il est temps de s'inspirer d'autres leaders, peut-être de l'humilité du Pape François, ou du président José Mujica de l'Uruguay (qui dit que ceux qui ne recherchent que l'argent ne devraient pas faire de politique).

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer