L'assurance-médicaments relancerait l'économie

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Marc-André Gagnon

L'auteur est professeur adjoint à l'École d'administration et de politiques publiques à l'Université Carleton

Le Droit

Alors que le Canada figure parmi les pays de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) dont le coût par habitant en médicaments d'ordonnance est le plus élevé, un Canadien sur 10 est incapable de se procurer des médicaments d'ordonnance pour des raisons financières.

Deux raisons principales expliquent le coût élevé des médicaments d'ordonnance au Canada.

D'abord, notre système est divisé en plusieurs régimes d'assurance-médicaments publics et privés. Les tentatives pour faire diminuer les coûts se soldent habituellement par un transfert des coûts ailleurs dans le système. Par exemple, bien que les régimes publics d'assurance-médicaments des provinces soient arrivés depuis 2010 à réduire considérablement leurs coûts en baissant le prix des génériques et en négociant des ententes confidentielles avec les sociétés pharmaceutiques, les régimes privés ont quant à eux vu leurs coûts augmenter de façon substantielle puisque les fabricants et les pharmaciens ont ajusté leurs prix à la hausse afin de compenser les pertes associées aux régimes publics.

Deuxièmement, les Canadiens payent des prix de médicaments artificiellement gonflés afin de soutenir le secteur pharmaceutique au pays. Cette stratégie n'a cependant pas eu les résultats escomptés. Le nombre d'emplois dans le secteur est passé de 22332 en 2003 à 14990 en 2012.

Plutôt que de renoncer à cette stratégie défaillante, le fédéral semble privilégier d'augmenter encore les coûts en médicaments en autorisant un prolongement de la durée des brevets dans le cadre d'un accord commercial avec l'Europe. Son hypothèse est que cette mesure entraînera une reprise du secteur pharmaceutique canadien et favorisera ainsi la création d'emplois; de la pensée magique puisque les données disent le contraire.

Environ 60% des Canadiens sont assurés auprès d'un régime d'assurance-médicaments privé fourni par leur employeur. Par conséquent, l'incapacité du Canada à restreindre le coût des médicaments mène à une augmentation des coûts de main-d'oeuvre et provoque par le fait même une baisse de la compétitivité des entreprises.

Actuellement, les avantages sociaux représentent plus de 10% du salaire brut, et l'élément le plus coûteux parmi ces avantages reste les médicaments. Les régimes d'assurances privés sont au Canada grevés par les frais d'administration extrêmement élevés qu'exigent les sociétés d'assurance: 15% pour les régimes privés contre 2% pour les régimes publics.

Le Canada est le seul pays au monde dont le régime d'assurance-maladie exclut les médicaments d'ordonnances comme s'ils ne faisaient pas partie du système de soins de santé. Si le Canada mettait en place pour l'ensemble de sa population un régime universel d'assurance-médicaments sans frais pour les patients s'ensuivrait non seulement un meilleur accès aux médicaments d'ordonnance, mais également des économies éventuelles pouvant s'élever chaque année jusqu'à 11,4 milliards$ en raison d'une réduction du coût des médicaments et des frais d'administration. De tels résultats pourraient être atteints si tous les gouvernements et paliers de gouvernement du Canada décidaient d'unir leurs forces. Ces économies entraîneraient une augmentation du revenu disponible net de tous les salariés. Elles relanceraient l'économie comme une baisse significative des impôts.

Un sondage de l'institut EKOS en 2013 indique que 78 % des Canadiens sont en faveur de l'établissement d'un régime public universel d'assurance-médicaments au Canada. Nos décideurs disposent de tous les outils nécessaires pour prendre les devants concernant cet enjeu. Malgré ce qu'en disent les groupes de pression qui soutiennent que le système actuel est efficace, la mise en place d'un régime d'assurance-médicaments national serait la meilleure chose à faire pour les patients, les employeurs, les employés, les contribuables et l'économie canadienne.

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