Les Carrefours jeunesse-emploi dans la tourmente

Nous sommes des chercheurs en sciences sociales travaillant sur divers enjeux... (Imacom, Jocelyn Riendeau)

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Imacom, Jocelyn Riendeau

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Yao Assogba, Louis Favreau, Lucie Fréchette

Chaire de recherche en développement des collectivités, Université du Québec en Outaouais

Nous sommes des chercheurs en sciences sociales travaillant sur divers enjeux du développement des communautés: insertion par les Carrefours jeunesse-emploi (CJE), développement du secteur communautaire en santé et services sociaux, logement coopératif et associatif, migration des jeunes, entrepreneuriat collectif,etc. Nos recherches convergent au moins sur un point : la capacité d'innovation sociale des communautés qui, au fil de cinq décennies, ont su créer de nombreux dispositifs collectifs de proximité au service des communautés locales.

Dans la foulée de la rafale de décisions prônant l'austérité généralisée, le travail des 110 Carrefours jeunesse-emploi est mis à l'épreuve par Québec. Au bénéfice exclusif des jeunes sur l'aide sociale. Cette décision laisse tomber les jeunes en situation de décrochage scolaire, les immigrants en processus d'insertion socioprofessionnelle, les entrepreneurs, les jeunes en difficulté psychologique provisoire, les jeunes des régions migrant vers un grand centre urbain... Certes, rien n'empêchera les CJE de faire ce travail mais ils ne disposeront plus du financement public pour ce faire.

8000 groupes

Tout le secteur communautaire est placé dans la même situation. Il s'agit là de 8000 groupes faisant partie des dispositifs sociaux collectifs que les communautés se sont données depuis près de 50 ans. Cela représente 42000 emplois au minimum. C'est en effet de la lente construction d'un État social au Québec. Bref, il y a péril en la demeure pour ce patrimoine communautaire original dont les CJE font partie. Deux caractéristiques centrales du secteur communautaire sont menacées au plus haut niveau: la proximité et l'autonomie dans la cohabitation. C'est aussi la reconnaissance de la participation de groupes d'intérêt public à la démocratie qui en prend un coup.

Nous sommes probablement rendus à une étape critique de l'histoire de l'État social au Québec. L'État québécois, avec la classe politique actuelle, Parti libéral en tête, conduit une politique de détournement de mission de ces organisations et du projet de société qu'elles sous-tendent, le tout dissimulé derrière une montagne de chiffres. Ce n'est pas la direction à prendre. Le souci de justice sociale de ces organisations sera littéralement étouffé. Si leur contribution ne suscite plus guère d'enthousiasme dans le bloc politique majoritaire et au sein des élites économiques, l'équation de base dont elles sont porteuses a-t-elle pour autant perdu de son actualité? Non.

Pas que le privé

S'il faut repenser la solidarité, la justice sociale, l'efficacité économique et la démocratie, cela ne peut se limiter à la seule contribution d'un grand «secteur privé» adossé à un État qui centralise de plus en plus ses politiques publiques, accentuant la déconnexion avec les communautés locales.

Aujourd'hui, nombreuses sont les recherches qui proposent de repenser la solidarité, de renouveler l'État en maintenant l'horizon de la justice sociale. Et cela passe de façon notable par la poursuite d'objectifs de cohabitation active entre les initiatives des communautés et les politiques publiques.

Le projet impulsé par le gouvernement du Québec semble renier une grande partie de l'histoire sociale des 50 dernières années.

La menace qui pèse sur les CJE illustre ce virage. L'espace public est aujourd'hui occupé surtout par les think tanks amoureux du «tout au marché» et par les lobbies du monde patronal.

Cette politique d'austérité budgétaire et salariale est en train de nous faire quitter un peu plus la démocratie.

Elle induit également un certain mépris des urgences sociales et écologiques.

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