Hearst et le débat sur une université française en Ontario

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Pierre Ouellette

Recteur de l'Université de Hearst

On a beaucoup parlé de la possibilité, de la pertinence ou de l'urgence de créer une nouvelle université de langue française en Ontario. Le dossier est complexe. L'université en Ontario français, c'est beaucoup l'affaire de l'Université d'Ottawa, dans l'est, et de l'Université Laurentienne de Sudbury, dans le moyen-nord.

Mais c'est aussi l'Université Saint-Paul (affiliée à Ottawa), le Collège universitaire dominicain (affilié à Carleton University), du Collège universitaire Glendon (une faculté de York University), de l'Université de Sudbury (fédérée à l'Université Laurentienne). Toutes sont bilingues.

Puis il y a l'Université de Hearst, affiliée d'abord à l'Université de Sudbury en 1957, puis à l'Université Laurentienne en 1963. Tout s'y passe en français et elle est la seule en Ontario à offrir l'ensemble de ses programmes seulement en français. Avouons que pour une gouvernance «par et pour» les francophones, on pourrait difficilement faire mieux! Mais si elle est la seule université de langue française en province, elle n'est pas pour autant «l'Université de l'Ontario français» que plusieurs clament haut et fort. Et elle ne souhaite pas nécessairement le devenir.

Au grand dam de certains, l'Université de Hearst n'a exprimé aucune velléité sur un quelconque empire universitaire franco-ontarien. Les intéressés devront pour l'instant se déplacer dans le Nord ontarien - la région où nous offrons nos services par mandat, par conviction, par attachement - pour pouvoir en profiter. Un nombre grandissant d'aventureux, des friands d'une approche universitaire plus personnalisée, le font d'ailleurs déjà!

C'est souvent autour de l'accès aux programmes que les questions difficiles ont été soulevées. À Windsor, on estime que les francophones ont accès à un inquiétant 3% des programmes auxquels ont accès leurs homologues de langue anglaise. Par le même calcul, les gens du nord auraient accès à 33% des programmes. Est-ce bien le cas? Dans les régions telles que définies par le ministère de la Formation et des Collèges et Universités, un programme offert à Sudbury est considéré accessible aux gens de Hearst; ils sont dans le nord. Hearst, à plus de 6h30 de Sudbury par la route, a «accès» aux programmes offerts à la Laurentienne; Windsor, à 7h30 de la capitale nationale, n'a pas accès aux programmes offerts à l'Université d'Ottawa. Deux poids, deux mesures? En apparence, oui.

Et si tel est le cas, si on maintient que le sud-ouest n'a pas un accès raisonnable aux programmes en français, pour les mêmes raisons il faut alors retracer la carte du nord pour séparer le corridor Timmins-Hearst du bassin sudburois. Si l'on se fie alors à la population francophone des régions pour estimer les ressources qui leur reviennent pour la programmation universitaire, le Grand Nord compte 9,6% des francophones de la province et obtient un 2,3% du financement. Deux poids, deux mesures? On serait en mesure de le croire. C'est ici que l'Université de Hearst souhaiterait, comme elle l'affirme depuis longtemps, augmenter les services aux francophones du nord de l'Ontario et aux gens qui viendront y étudier, pas en s'étendant périlleusement, impérieusement, aux quatre coins de la province.

L'Université de Hearst pourra bien sûr faire sa part et contribuer au développement de programmes à offrir aux francophones d'autres régions, comme à Toronto et dans le sud-ouest. Mais notre plus importante contribution serait d'obtenir le financement nécessaire pour offrir ici, dans le nord, quelques programmes de sciences, un programme ou deux en santé, question de maintenir davantage de francophones dans une région qui a besoin, comme les autres en Ontario français, de retenir ou d'attirer des jeunes pour renouveler ses effectifs, ses idées, ses projets, ses rêves. C'est toute la province qui s'en trouvera renforcée.

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