L'image de Samuel de Champlain, 400 ans après

L'artiste Jérémie Giles avait pris la parole lors... (Archives, LeDroit)

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L'artiste Jérémie Giles avait pris la parole lors du dévoilement de la statue de Samuel de Champlain.

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L'image physionomique authentique de Samuel de Champlain est aussi inexistante que celles de nombreux personnages de l'histoire, et pourtant! Si les artistes ont réussi à travers les âges à nous faire accepter l'image d'un Christophe Colomb, à titre d'exemple, c'est qu'à défaut de traits physionomiques accessibles, l'art du portrait a réussi à recréer l'effigie de personnes à partir d'éléments de références tels la description physique rapportée du personnage, la nature des exploits ou des métiers pratiqués, soit l'héritage culturel ou bien l'environnement dans lequel il aurait évolué et en particulier, les traits de caractère rapportés ou détectés par les écrits.

 

Dans le cas de Champlain, l'artiste doit surmonter l'épreuve d'une supercherie qui malheureusement a réussi à déformer notre perception du personnage. Cette image que certains escrocs nous ont présentée comme étant celle de Champlain était un portrait d'un certain Michel Particelli réalisé en 1654 par l'artiste Moncornet. Ce Particelli était un courtisan italien, surintendant des finances sous Louis XIII et Louis XIV. Cette fausse image nous est apparue lors de sa vente en 1854. Malgré ces faits, nos historiens persistent à utiliser cette image que l'on sait fausse pour représenter ce grand homme que l'on dit vouloir honorer aujourd'hui pour souligner le 400e anniversaire de son passage dans cette région devenue la capitale nationale du Canada.

Nombreuses images

Nombreux sont les monuments de Champlain au Canada et aux États-Unis. Tous aussi différents les uns des autres quant aux traits physionomiques. Sauf quelques exceptions, l'artiste était laissé à lui-même quant à l'image à utiliser. Pour ce qui est de l'imposant monument sur la pointe Nepean à Ottawa et inauguré en 1915, l'historien Benjamin Sulte aurait posé pour le sculpteur Hamilton MacCarthy. Cependant, l'admiration que portait Sulte pour l'image de Champlain produite vers 1770, par l'artiste Eugène Ronjat, me laisse pour le moins perplexe. Ce portrait est grossier. Ceci dit, je m'inscris en faux contre ceux qui cherchent à diminuer la valeur du monument sur la pointe Nepean. Contrairement aux propos injustes et méprisants que le sculpteur Alfred Laliberté tenait à l'égard de cette oeuvre, il s'agit au contraire d'un monument d'une grande importance sur le plan historique, exécuté dans les règles de l'art. Une réalisation qui correspond à la façon de voir et de procéder à cette époque. Bref, une oeuvre de style allégorique, donc symbolique. Contrairement à la croyance populaire, ce monument n'aurait pas été inauguré pour souligner le seul passage de 1615, de cet illustre explorateur. Il s'agissait d'abord et avant tout de rappeler sa présence dans cette région.

L'affaire de l'astrolabe

Concernant les récriminations autour du fait que Champlain tenait son astrolabe à bout de bras, contrairement à l'usage normal que l'on en fait, j'aurais une toute autre version à offrir.

La commission mise sur pied pour l'érection de ce monument était présidée par l'ingénieur Sir Sandford Fleming, qui a établi une grande partie du tracé du chemin de fer canadien. L'historien Benjamin Sulte en était un des principaux artisans. Il m'apparaît tout à fait impensable que ces deux aient pu permettre une telle erreur. J'opterais plutôt pour l'hypothèse du symbolisme: il ne s'agissait pas d'un choix de la part de l'artiste sur le plan de la conception mais plutôt d'une recommandation de la part des promoteurs. Voulant ainsi symboliquement souligner le caractère descriptif et cartographique de la mission de Champlain. Aussi, on n'utilisait pas cet instrument sans l'ajuster manuellement pour en faire lecture, ce qu'il ne fait pas et surtout sans annoter cette lecture. Le fait que Champlain tient à bout de bras cet instrument ne serait que pour aucune autre raison d'en exposer l'apparence et non d'en faire l'usage.

C'est durant les années 1980 que j'ai pris un intérêt certain pour l'histoire de Champlain et de son rôle dans la naissance du pays. J'ai parcouru bon nombre d'écrits à son sujet et les visiteurs à mon studio de Mount Pleasant en Ontario ont vu sur mes murs de nombreuses esquisses explorant et reconstituant une image plus plausible de Champlain. En 2002, j'ai entrepris une sculpture mesurant 3 m. J'ai aussi réalisé un buste pour le Collège Champlain de l'Université Trent, à Peterborough. Je voulais que cette sculpture monumentale soit inaugurée en 2013, pour marquer le 400e anniversaire du premier passage de Champlain dans l'espace de la Capitale Nationale. Les événements ont voulu que cette oeuvre soit plutôt inaugurée en 2004 pour souligner l'établissement de la première communauté française en Amérique du nord.

Jérémie Giles

L'auteur est artiste et sculpteur. Il a fondé l'Écomusée de Hull, en 1997, et est l'auteur d'une fresque à la Maison du citoyen.

 

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