Les leçons apprises sur le piquet de grève

En trois semaines de grève à l'Université du Québec en Outaouais, j'en ai plus... (Simon Séguin-Bertrand, Archives LeDroit)

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Simon Séguin-Bertrand, Archives LeDroit

Le Droit

En trois semaines de grève à l'Université du Québec en Outaouais, j'en ai plus appris que sur un banc d'école. En m'informant, en écoutant, en piquetant, en observant les réactions de mes collègues et surtout, en voyant les actions du gouvernement québécois, je me rends compte que l'enjeu n'est plus seulement sur la question de la hausse des frais de scolarité. Nous menons aussi un combat pour la démocratie.

Plus jeune, on nous enseignait que la démocratie est le seul modèle qui prône la justice, l'équité, l'égalité et l'écoute du peuple. Rousseau, Victor Hugo et Descartes en ont jeté les bases.

Ce qui me choque le plus est de voir le gouvernement se balancer d'une manifestation de plus de 200000 personnes à Montréal, le 22 mars, espérant que le mouvement s'éteigne par lui-même.

Je crains les répercussions sur notre société si ce découragement se manifeste. Dans ce cas, à quoi bon revendiquer si la bataille est perdue d'avance? Si 200000 ne sont pas assez, combien faut-il être pour nous faire entendre? Baisser les bras, c'est ne plus croire en notre cause, mais c'est aussi taire notre génération et celle de nos enfants, en leur enseignant qu'il ne sert à rien de se battre pour une cause dont pourrait bénéficier toute la société. C'est leur dire que le changement n'est pas possible. C'est leur enseigner le silence et le laisser-faire. Ce ne sont pas des enseignements que je veux transmettre à ma fille.

Étudiante en développement international, je suis bien placée pour voir et comprendre les enjeux que représente une hausse des frais de scolarité. Nos professeurs nous poussent à sortir du cadre lors de nos analyses, de prévoir les impacts socio-économiques si l'on touche une des sphères de développement. L'éducation, la santé, le développement économique et la gouvernance sont des variables qui dépendent l'une de l'autre pour le développement d'un pays. Elles sont connectées et si on touche à l'une d'elles, nous verrons un impact sur les autres.

Cette hausse aura un impact sur notre société. Nous avons besoins de nos intellectuels pour l'innovation, pour le génie, et pour résoudre les enjeux de notre société dans un monde en constante mouvance.

J'ai l'impression que la population ne se souvient plus de son histoire, du temps de Duplessis, de l'oppression religieuse, de l'éducation réservée aux plus nantis. J'ai aussi l'impression que le peuple a oublié sa Révolution tranquille. Le Québec a décidé que l'éducation était une priorité. En 40 ans, le Québec s'est transformé en un peuple beaucoup plus éclairé. Une des raisons de cette évolution est l'accessibilité à l'éducation, qui a augmenté considérablement le niveau de vie des contribuables québécois, formant ainsi la classe moyenne que nous avons aujourd'hui. Le réseau UQ a été créé pour donner un meilleur accès à la population à l'instruction, et avec succès.

D'ailleurs nous avons un enjeu particulier dans la région de la capitale: à quoi bon aller à l'UQO si ça coûte quasiment la même somme qu'à Ottawa?

Les gains sociaux et économiques sont obtenus à l'arraché. Ce n'est pas en demandant gentiment que se sont arrêtés l'esclavagisme, l'exploitation des enfants, le pouvoir des élites, le droit de vote de la femme, l'éducation, la santé, etc.

Notre société est imparfaite et il faut continuer de se battre pour une plus grande justice. Il faut sortir de notre confort car cela sert bien ceux qui veulent nous exploiter. Cessons d'avoir peur! Une nation se construit en période de crise. L'histoire en est la preuve.

Viviane Blanchette, Gatineau

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