Un «guide des valeurs» condescendant et discriminatoire

Kamal Maghri... (Patrick Woodbury, Archives LeDroit)

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Kamal Maghri

Patrick Woodbury, Archives LeDroit

Le Droit

Enfant, je croyais que la discrimination n'existait que dans les longs-métrages et les bandes dessinées, à l'époque où les noirs étaient des esclaves et où les autochtones s'appelaient peaux-rouges.

Le racisme n'a jamais été mon quotidien. J'avais même cet idéal qu'en Occident, le racisme était chose du passé.

Adolescent au Maroc, j'ai vu la discrimination subtile et archaïque. Une minorité de familles s'octroie presque la totalité des postes clés dans la société. Comme dans tout pays du sud, vous montez dans la hiérarchie avec la pâleur de votre peau et l'origine de votre famille. Une discrimination qui s'accompagne souvent de mépris des individus et des institutions.

Et c'est pour cela que je suis ici.

C'est lors d'un stage en France, un pays que j'idéalisais, que j'ai vu que la ségrégation banale existait encore en Occident.

En 1991, je suis allé en France pour un stage dans une petite ville. C'était la première fois que je voyais l'Europe et le monde occidental autrement que dans les films.

Les institutions en France ont toujours perçu leurs immigrants d'une façon condescendante. Les HLM ne représentent qu'une petite partie de cette ségrégation. Ces « Beurs » et Africains n'ont jamais été considérés des Français à part entière, mais un Sarkozy ou un Aznavour l'était.

C'est en ce temps-là que j'ai compris que plus on considère l'autre comme l'étranger ou... « le bizarre » que ce même « autre » exaspère ses comportements les plus pervers de sa culture.

C'est quand les institutions te regardent de haut, que tu restes en bas !

La France ou l'Europe n'ont pas de tradition d'immigration. Le Canada, et le Québec en ont. Depuis plusieurs siècles les gens sont venus de partout pour trouver un meilleur avenir et pour bâtir en même temps. Des institutions et des manières de faire en matière d'immigration ont existé depuis longtemps. Leurs réputations de places accueillantes ayant des institutions qui respectent la différence sont partout reconnues.

C'est pour cela que j'ai choisi le Canada et le Québec.

Gatineau fait autrement

La Ville de Gatineau en a décidé autrement. Que les immigrants qui arrivent dans ce pays soient de plus en plus de qualité et bardés de diplômes et d'expériences de vie, la Ville de Gatineau semble ne pas le savoir. Désormais, les immigrants ont besoin d'être rééduqués.

En novembre 2011, la Ville de Gatineau s'était donné une « mission civilisatrice ». Elle publie « un guide de valeurs » condescendant et discriminatoire à l'intention exclusive des immigrants. Ce guide comporte également une conception exclusive de la municipalité, comme si les anglophones et les peuples autochtones n'existaient ni au Québec, ni à Gatineau.

Et en décembre 2011, à la suite à ma plainte de citoyen averti, une employée, par le biais d'un courriel, fait une enquête sur moi et me dépeint d'une façon obscure, avec des insinuations qui renforcent les stéréotypes post-11 septembre des Musulmans et des Arabes, dans un courriel destiné à des autorités clés de la Ville.

Ensuite, l'ombudsman de la ville, qui a mené une enquête de sa propre initiative, conclut qu'il n'y a pas eu de profilage racial.

Loin de mettre en doute la compétence du protecteur du citoyen que je ne connais pas, je constate de son verdict un manque d'impartialité et d'objectivité et ce, pour plusieurs raisons : l'ombudsman a employé la définition du profilage racial telle qu'élaborée par la Commission des droits de la personne du Québec, sans préciser si la Ville de Gatineau a adopté une politique officielle en la matière, ni si la ville a choisi d'adhérer à cette définition de la Commission qui ne fait pas encore l'unanimité au Québec.

Je ne méritais pas ce verdict.

Injustice après injustice, la ville persiste et signe.

Le pamphlet (NDLR : L'Énoncé de valeurs de la Ville de Gatineau), élaboré avec des fonds du Gouvernement du Québec, est une version plus sophistiquée mais non moins offensante que celle d'Hérouxville, laquelle est devenue objet de dérision internationale. Avec l'adoption de ce code et le traitement qu'on m'a réservé, la Ville de Gatineau contrevient aux principes de la Coalition canadienne des municipalités dont elle est membre ainsi qu'à ceux de la charte canadienne des droits et libertés de la personne, notamment en ce qui concerne l'égalité devant la loi, la liberté d'expression et la lutte contre les discriminations.

Jadis, plusieurs villes canadiennes adoptaient des déclarations et des règlements pour discriminer explicitement les immigrants d'origine chinoise et japonaise. Ces derniers étaient perçus dangereux et nuisibles aux intérêts mercantiles des natifs de la « Dominion of Canada ». De nos jours, des « codes de valeurs » rédigés dans un langage plus sophistiqué les remplacent, mais leur contenu reflète les mêmes stéréotypes méprisants d'antan à l'endroit des immigrants.

Après un code de valeurs pour immigrants peu civilisés, à quand un autre code pour les méchants anglais ou les autochtones barbares ?

Kamal Maghri, Gatineau

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