La CCN, la culture et les enfants aux fusils

Tibor Egervari... (Archives, LeDroit)

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Tibor Egervari

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Le Droit

Dimitrios Karmis dénonce avec vigueur la décision de la Commission de la Capitale nationale de commémorer la Guerre de 1812, en mettant entre les mains d'enfants des répliques de fusils, et se demande pourquoi la CCN occulte son mandat culturel («La formation en histoire, version CCN», LeDroit, 25 février). En supposant que M. Karmis pense à la dimension artistique de la culture, j'ai commencé à rêver aux oeuvres essentielles qui pourraient faire partie de Bal de neige.

La première en tête fut évidemment l'Iliade, l'ancêtre et peut-être le plus grand de nos récits. Hélas, à moins d'en censurer neuf dixième, l'oeuvre d'Homère ne pourrait être retenue pour cause de glorification guerrière. En effet, la colère d'Achille est un épisode de la guerre de Troie, cette «mère de toutes les guerres» qui a défini une partie de notre civilisation. Les pièces d'Eschyle, de Sophocle et d'Euripide connaîtraient le même sort, alors qu'Aristophane devrait être réservé aux plus de 18 ans.

Je n'aurais pas plus de succès avec mes propositions médiévales comme la Chanson de Roland, dont le héros est un va-t-en-guerre. Quant aux mystères et miracles, leurs scènes violentes feraient fuir toutes les belles âmes. Oublions les pièces sanglantes de Shakespeare ou les tragédies de Corneille et de Racine remplies de fiers combattants. Certes, on pourrait changer un peu le chef-d'oeuvre de Tolstoï en retranchant le premier mot du titre Guerre et paix, mais l'opéra le plus joué au monde devrait être définitivement écarté car Carmen comporte un choeur d'enfants qui jouent aux soldats! Et je frémis à l'idée de devoir proposer des films car la lutte armée contre les oppresseurs y est omniprésente. Décidément, la grande culture est plus dangereuse que quelques fusils de bois mis entre les mains d'enfants.

Cependant, il y a l'autre culture, celle des romans «Harlequin» et de leurs avatars de la bien-pensance. Leur eau de rose est un baume pour les yeux délicats, blessés par «un monde sale et pollué», comme le dirait M. Karmis.

Tibor Egervari

L'auteur est professeur émérite de théâtre à l'Université d'Ottawa

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