David Frum : trompeur et peu convaincant

Tout au long de l'histoire canadienne, des gens... (Archives, La Presse)

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Tout au long de l'histoire canadienne, des gens comme David Frum ont annoncé le début de la fin du fait français au Canada. Mais les faits sont têtus et les pourcentages ne reflètent pas la vitalité ou les valeurs d'une communauté et de sa culture.

Archives, La Presse

Graham Fraser

L'auteur est commissaire aux langues officielles.

Vendredi dernier, lors d'une conférence internationale sur l'immersion postsecondaire, Savroop Kullar, un étudiant en sciences de la santé de l'Université d'Ottawa, a expliqué pourquoi il participe au programme d'immersion et suit de nombreux cours en français.

« Pour moi, c'est une question d'identité, dit-il. Je suis Canadien, donc je parle français. »

Cette remarque m'a fait penser à la chronique de David Frum (The dénouement of French Canada, The National Post, 11 février), selon qui les politiques d'immigration du Canada se traduiront par la disparition graduelle de l'influence politique du Canada francophone en général et du Québec en particulier. L'argument n'est que trop familier : Lord Durham a fait la même déclaration en 1839, et John A. Macdonald a répondu à ce même argument il y a 156 ans.

Tout au long de l'histoire canadienne, des gens comme M. Frum ont annoncé le début de la fin du fait français au Canada. Mais les faits sont têtus et les pourcentages ne reflètent pas la vitalité ou les valeurs d'une communauté et de sa culture.

Une perte ?

M. Frum souligne l'exode, entre 2006 et 2011, de 50 000 Québécois, y compris des francophones, comme s'il s'agissait d'une perte directe pour la francophonie canadienne. En fait, ces Québécois qui déménagent vers l'Ouest du Canada envoient leurs enfants à l'école de langue française, adhèrent à des associations francophones, regardent la télévision en français, écoutent la radio en français et renforcent les communautés linguistiques en situation minoritaire à l'extérieur du Québec.

En fréquentant l'école française, leurs enfants côtoient des enfants d'immigrants et de réfugiés en provenance du Congo, du Mali, de la Côte d'Ivoire, du Bénin, de l'Algérie, de la Tunisie, de la Belgique et de la France. L'immigration renforce les communautés francophones en situation minoritaire au Canada ; elle ne les affaiblit pas.

Il y a des signes évidents de la vitalité de la langue et de la culture françaises au Canada aujourd'hui. L'excellent film Monsieur Lazhar de Philippe Falardeau a été sélectionné pour l'Oscar du meilleur film en langue étrangère, tout comme le film Incendies de Denis Villeneuve l'a été l'année dernière. L'une des émissions de télévision les plus regardées au Canada, peu importe la langue, est Tout le monde en parle.

Un intérêt

Comme le souligne M. Frum, Stephen Harper a obtenu un gouvernement majoritaire sans forte représentation au Québec. Mais cela ne l'a pas empêché de commencer toutes ses conférences de presse en français, en plus de parler en français dans les réunions du G-8 à Washington et à Pékin. Il sait que, alors que 98 % des Canadiens parlent l'anglais ou le français, 4 millions de Canadiens de langue française ne parlent pas l'anglais. Et il sait aussi qu'outre les 75 sièges du Québec, il y a 19 sièges à l'extérieur du Québec où les francophones représentent au moins 10 % de la population ; et il a remporté 10 d'entre eux.

Pour la première fois de l'histoire du pays, six premiers ministres provinciaux sont bilingues, ce qui démontre un intérêt à comprendre les enjeux nationaux, mais aussi l'intérêt que les premiers ministres Charest, Ghiz, Alward, McGuinty, Selinger et Redford montrent envers les communautés linguistiques minoritaires dans leurs provinces.

Les Canadiens qui désirent mieux comprendre le pays dans son ensemble, qu'ils soient politiciens, fonctionnaires, soldats, universitaires, dirigeants syndicaux, gens d'affaires, juges ou entraîneurs de hockey, reconnaissent l'importance d'apprendre les deux langues officielles.

Il est vrai que l'immigration est en train de transformer le Canada. Mais cela ne signifie pas une diminution de l'importance des deux langues officielles au pays, pas plus que ne le firent les propos tenus par Lord Durham il y a 172 ans.

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