Ces personnes ont les mêmes droits et responsabilités que les autres citoyens. Si nous nions leurs droits, nous les enfonçons davantage dans la marginalité. Et si nous les déresponsabilisons, nous les infantilisons. Or, nous côtoyons ces gens et, malgré les préjugés et certaines apparences trompeuses, elles nous semblent tout aussi intelligentes, perspicaces et valables que quiconque.
Par contre, puisque la rue est devenue leur milieu le plus naturel, il nous faut éviter l'intolérance à leur égard et comprendre que les espaces en retrait et les trottoirs sont pour elles bien plus vitaux que pour nous.
Au cours des 15 dernières années, des efforts ont été faits par les citoyens, les commerçants et les gens de la rue afin de trouver une manière acceptable de cohabiter. Dans bien des cas, un équilibre a été trouvé.
Nous n'éradiquerons pas l'itinérance, la prostitution ou la toxicomanie dans un avenir prévisible. Et la seule chose que produirait notre ignoble tendance à la tolérance zéro serait de repousser ces gens vers des quartiers limitrophes, comme Saint-Jean-Bosco. Si cela devait se produire, nous devrions recommencer à zéro le travail de longue haleine fait au centre-ville et tous les services déjà sur place devraient migrer eux aussi.
Si un tel déplacement pourrait plaire à ceux qui rêvent d'un centre-ville propre comme un sou neuf, cela comporterait aussi un coût et de nombreux contrecoups. Nous demandons donc aux élus municipaux d'envoyer les bons messages aux bonnes personnes, aux organismes communautaires d'être plus vigilants et aux forces policières de traiter ces personnes avec autant de courtoisie et de respect que s'il s'agissait de fonctionnaires ou de commerçants.
S'il est bien vrai que les itinérants, celles qui pratiquent le plus vieux métier du monde et ces autres marginaux ne sont pas des citoyens ordinaires, croyez-nous, elles sont bien souvent des personnes extraordinaires et attachantes qui méritent notre respect. Si, au lieu de les traiter comme des criminels, nous les abordions comme des voisins, comme des personnes ayant, elles aussi, le droit de vivre dignement parmi nous, nous pourrions assurément arriver à un vivre-ensemble acceptable pour tous.
Daniel St-Jean, directeur, Droits-Accès de l'Outaouais