Viser l'équilibre

La première année au pouvoir du gouvernement libéral de Philippe Couillard a été marquée au fer rouge d'un mot : austérité. Si la majorité des Québécois ne pensaient pas avoir voté pour des réformes aussi rapides et profondes, elle demeure surtout loin d'être convaincue que ces dernières donneront les résultats espérés par les libéraux pour justifier autant de rigueur budgétaire.

À preuve, 78 % de la population considère que la réforme du système de santé préconisée par le ministre de la Santé Gaétan Barrette n'améliorera pas l'accessibilité aux soins, selon un sondage SOM réalisé pour Cogeco Nouvelles, rendu public mardi.

Quinze ans de promesses brisées dans le domaine n'aident pas à enrayer la désillusion des gens sur la question. Ni les mises à la retraite massives d'infirmières et de médecins par le péquiste Lucien Bouchard, ni les engagements du libéral Jean Charest pour désengorger les urgences n'ont réglé quoi que ce soit en santé. Comment croire que les mesures du Dr Barrette y parviendront ? Une chose est sûre, toutefois : l'impact des compressions se fera pleinement sentir au cours des prochains mois.

En un an au pouvoir, le gouvernement libéral s'est donc mis plus d'un groupe à dos en plus des professionnels de la santé. Il a déjà haussé les tarifs dans les garderies et rallié contre lui les employés municipaux en s'attaquant à leur régime de retraite. C'est sans oublier qu'il entreprendra à l'automne des négociations qu'on prévoit houleuses avec les travailleurs du secteur public. 

Sur le plan de l'emploi, les libéraux n'ont pas non plus réussi à capitaliser sur un contexte économique pourtant propice à en créer. La chute du dollar canadien, favorable aux exportations, jumelée à la reprise économique aux États-Unis aurait dû l'aider à remplir cette promesse électorale. Mais les résultats concluants se font là aussi attendre.

Or, Philippe Couillard profite actuellement d'une opposition pouvant difficilement lui mettre des bâtons dans les roues. D'une part, la CAQ et François Legault tiennent un discours trop semblable au sien pour pouvoir se démarquer. De l'autre, le Parti québécois est plus occupé par sa course à la direction.

Loin d'être un premier venu en politique, M. Couillard sait que les coups de barre les plus difficiles à faire avaler doivent être effectués en début de mandat. Le premier ministre compte ainsi sur le fait que la mémoire est une faculté qui a tendance à oublier... d'autant que les prochaines élections ne sont prévues que dans trois ans. Stratégiquement, il protège aussi ses arrières, en envoyant ses ministres au front. S'il les appuie, il évite de lui-même mener la charge, afin d'éviter d'incarner les coupes - et leurs contrecoups - dans l'esprit des gens. Sur le fond, personne ne peut s'ériger contre la vertu, y compris celle d'assainir les finances publiques. Le Québec vit collectivement au-dessus de ses moyens et le retour à l'équilibre budgétaire ne relève pas du luxe. 

Le bât blesse néanmoins sur la forme. Le chef libéral avait fait de la rigueur budgétaire une priorité en campagne électorale, mais il s'était habilement abstenu d'élaborer sur les moyens que son gouvernement prendrait pour l'instaurer une fois élu. Depuis, le parti impose ses décisions, sans prendre en considération l'opinion des professionnels directement touchés, ni expliquer clairement les tenants et aboutissants de ses actions à la population.

Or, Philippe Couillard devra annoncer plus que des investissements en lien avec son plan Nord remodelé pour faire contrepoids aux coupes prévues. S'il veut éviter que la grogne populaire ne se transporte de nouveau dans les rues, il devra lui aussi viser l'équilibre. Entre austérité et espoir.

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