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Le premier ministre Stephen Harper a fait un pas de plus vers une américanisation de la société canadienne. Un pas de trop.

En soutenant qu'il est « important » pour les Canadiens habitant des zones rurales de pouvoir être armés pour assurer leur défense, il s'aventure sur la pente tendancieuse faisant glisser le droit individuel à posséder une arme vers l'enjeu moral du sentiment de sécurité au pays.

Pour M. Harper, il n'est donc plus question d'appuyer les seuls chasseurs ou fermiers de l'Ouest dans leur revendication à détenir une arme à feu pour abattre un animal. Sous prétexte que des résidents vivent dans des secteurs trop éloignés pour compter sur une intervention policière rapide en cas de besoin, le chef conservateur ouvre grand la porte à l'interprétation de ce qui relève de la légitime défense, réelle ou présumée et revendiquée comme telle.

« Ma femme vient d'une région rurale où la possession d'armes n'était pas que pour les besoins de la ferme, mais aussi pour assurer un certain niveau de sécurité lorsqu'une assistance policière immédiate n'était pas disponible », a fait valoir le premier ministre, lors d'un événement public organisé par l'Association des municipalités rurales de la Saskatchewan, à la fin de la semaine dernière.

Depuis, il observe les nombreux (re) bonds de son ballon d'essai, lancé en terrain conquis.

Quel serait le temps d'intervention ou la distance d'un poste de police qui justifierait une telle forme d'autodéfense, peut-on se demander.

Non seulement Stephen Harper s'abstient de préciser ces aspects pourtant essentiels de sa position, mais il omet aussi de rappeler aux détenteurs d'armes potentiels (dont plusieurs sont déjà avérés) qu'ils n'obtiennent pas du même coup la permission de garder leur fusil à portée de main pour tirer sur quiconque s'introduirait chez eux sans y être invités.

Être armé ne donne nullement le droit de se faire justice.

Depuis leur arrivée au pouvoir, les conservateurs ont aboli le registre des armes à feu en 2012 pour le remplacer par la loi C-42. Cette loi doit simplifier l'émission de permis de possession d'arme, mais son étude, qui devait débuter le jour même de la fusillade à Ottawa, en octobre dernier, est sur la glace depuis. Parallèlement, ils oeuvrent à durcir les lois contre les criminels condamnés à la prison à vie et les terroristes.

D'une main, ils veulent éliminer certains irritants pour les détenteurs d'armes, pendant que de l'autre, ils cherchent à punir plus sévèrement. Comme si l'une et l'autre main ne devaient pas s'assurer de travailler ensemble au lieu de se contredire...

Sans surprise, la National Firearms Association (NFA) applaudit les récents propos du premier ministre Harper. Et son président, Sheldon Clare, entend maintenir la pression sur les conservateurs, menaçant de leur retirer son appui si les lois C-42 et C-51 (contre le terrorisme) ne vont pas assez loin au goût des quelque 75 000 membres qu'il représente.

Céder à ce lobby, ce serait toutefois oublier que s'armer n'enraye pas la peur et que la majorité des Canadiens ne veut pas vivre dans une société à l'américaine. Une société où certains songent à armer les enseignants pour défendre les élèves en cas de fusillade. Où un bambin peut tuer par inadvertance sa mère en plein magasin, parce qu'elle a un revolver dans son sac à main.

La déclaration de Stephen Harper s'inscrit dans son désir d'exacerber les peurs des citoyens pour brandir une vision fondamentalement conservatrice de la sécurité, tant personnelle que publique, chaque fois que l'occasion se présente. Plus qu'inquiétante, elle s'avère carrément irresponsable.

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