Diviser et régner par la peur

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Diviser pour mieux régner : le premier ministre Stephen Harper a sans l'ombre d'un doute bien assimilé cette leçon politique.

En prévision des prochaines élections, les conservateurs ne peuvent plus jouer la carte de la saine gestion publique, les surplus budgétaires prévus ayant fondu comme neige au soleil lorsque le prix du pétrole s'est mis à dégringoler. Ils misent donc sur la peur pour donner un élan à leur campagne électorale et pour s'ériger comme le seul parti capable de véritablement protéger le pays des criminels, de la menace djihadiste et des terroristes de tout acabit.

Ce faisant, Stephen Harper donne l'impression de prendre fermement position sur des enjeux qui n'ont pas le même écho d'une province à l'autre, mais qui séduisent assurément sa base électorale. Des enjeux qui continuent aussi - et surtout - de fragmenter l'opposition.

Le ministre fédéral de la Défense, Jason Kenney, a récemment contribué à cette campagne de peur.

Histoire de justifier l'intervention des forces militaires canadiennes contre l'État islamique (ÉI) pour contrer « la campagne de l'ÉI pour réduire les femmes et les fillettes à l'esclavage », M. Kenney a mis en ligne des photos de femmes et jeunes filles voilées et enchaînées, le 8 mars dernier. Le hic ? Ces photos - toujours visibles sur son compte Twitter - sont erronément attribuées à l'ÉI. Ni lui ni personne dans son entourage n'ont cru bon de vérifier d'où provenaient ces images, dont l'une est notamment une reconstitution théâtrale de l'Achoura, une cérémonie religieuse musulmane. Une bourde majeure et décriée, mais pour laquelle le ministre ne s'est toujours pas expliqué, et encore moins excusé.

De son côté, son collègue de la Sécurité publique, Steven Blaney, a fait la preuve éloquente, mardi, qu'à vouloir convaincre à tout prix du bien-fondé de mettre en place une loi antiterroriste plus musclée au pays, il devenait facile d'y aller de comparaisons boiteuses.

« L'holocauste n'a pas commencé dans les chambres à gaz. Ça a commencé par des mots », a déclaré deux fois plutôt qu'une M. Blaney, pendant son témoignage devant le comité parlementaire chargé d'étudier le projet de loi C-51. Il cherchait alors à justifier un article qui ferait de l'apologie du terrorisme une infraction au Code criminel.

Steven Blaney n'a pas tort lorsqu'il fait valoir que certains mots sont porteurs de haine et peuvent inciter à la violence. Serait-il en poste au Mali, où s'accumulent les victimes du groupe Boko Haram depuis des années, que le rapprochement qu'il fait avec le génocide au Rwanda et l'holocauste prendrait toute sa pertinence.

Il s'avère cependant fort dangereux d'appliquer un tel raisonnement extrême au Canada.

Si les libéraux et néo-démocrates n'hésitent pas à dénoncer vivement ces dérapages et amalgames, ils n'arrivent toutefois pas à faire front commun face aux conservateurs.

D'un côté, Justin Trudeau réclame des amendements au projet de loi C-51, tout en annonçant d'avance qu'il l'appuiera peu importe si ces derniers sont retenus au final.

De l'autre, le leader du NPD, Thomas Mulcair, accuse le chef libéral de refuser de défendre la liberté à laquelle il prétend croire.

Entre l'apparente mollesse du premier et les flèches décochées vers son rival par l'autre, Stephen Harper a le champ libre pour établir le climat propice pour être reporté au pouvoir.

Or, on ne répétera jamais assez que toutes les libertés acquises au fil des ans ne peuvent être balayées sous le tapis sous la menace, terroriste ou criminelle.

Ce serait permettre au gouvernement non seulement de diviser, mais, pire encore, de régner par la peur.

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