Hors-jeu inacceptable

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Poursuivre ses études secondaires en français ou participer à des championnats interscolaires dans son sport? Aucun étudiant et athlète francophone ne devrait avoir à faire un tel choix en Ontario de nos jours.

Pourtant, c'est la décision à laquelle des jeunes Franco-Ontariens de la grande région d'Ottawa sont confrontés, depuis septembre 2012. Une situation qui « perpétue et aggrave l'assimilation de la communauté de langue française », se prépare à faire valoir le Conseil des écoles publiques de l'Est de l'Ontario (CEPEO) devant la Cour supérieure de l'Ontario.

En 2012, l'Ontario Federation of School Athletic Associations (OFSAA), qui régit le sport étudiant d'élite dans la province, a établi de nouvelles règles d'admissibilité à ses compétitions. Ainsi, un athlète habitant à l'extérieur du rayon défini de son école ne peut plus la représenter lors de grands tournois. Concrètement, ça signifie par exemple qu'un joueur francophone de volley-ball de Kanata qui fréquenterait l'école secondaire Louis-Riel ne pourrait plus en défendre les couleurs aux championnats provinciaux - ni s'y faire voir par les éclaireurs des grands collèges et universités - parce que ladite école est située à Gloucester. Et ce, même s'il s'agit du seul établissement de langue française avec un programme de sport-études dans la région.

Pourquoi avoir changé la donne de la sorte? Des rumeurs persistantes veulent que le programme de l'école Louis-Riel ait été jugé trop performant par d'autres établissements scolaires. À vouloir corriger une présumée injustice en prétendant rééquilibrer la compétition, l'OFSAA en a créé une nettement plus grave et lourde de conséquences. Si bien que l'enjeu transcende maintenant les seuls terrains de sport.

Le directeur général de l'OFSAA, Doug Gellaty, a beau soutenir que ces nouvelles règles sont « équitables » puisqu'elles s'appliquent à toutes les écoles ontariennes, il fait totalement abstraction de la réalité de la minorité francophone. Les 611500 Franco-Ontariens ne représentent évidemment pas le même bassin d'élèves-athlètes potentiels que la majorité anglophone ontarienne de quelque 13 millions. Leur imposer de la sorte des zones de fréquentation limite non seulement leurs chances d'évoluer à un niveau élite, mais surtout de pouvoir le faire tout en étudiant dans leur langue maternelle.

Depuis l'imposition de ces nouveaux critères d'admissibilité, le nombre d'inscriptions au programme sport-études de l'école secondaire Louis-Riel est passé de 165 à 120. Un effritement de près de 30 % en deux ans. Le CEPEO réclame donc l'annulation de l'application d'une pratique qu'elle juge « discriminatoire ».

Il est désolant de constater que le Conseil n'ait d'autre choix que d'avoir recours aux tribunaux pour y parvenir, la plus récente médiation ayant échoué.

Le président du CEPEO, Denis Chartrand, se dit prêt à se rendre jusqu'à la Cour suprême pour défendre les droits constitutionnels de ses élèves. Parallèlement, la population se mobilise, avec l'appui de l'Association des communautés francophones d'Ottawa et de l'Assemblée de la francophonie de l'Ontario.

De leur côté, l'OFSAA et le ministère de l'Éducation de l'Ontario continuent de se renvoyer la balle, et les responsabilités inhérentes. Or, l'OFSAA est un organisme financé par le biais de fonds publics provenant de tous les conseils scolaires de la province et... du ministère de l'Éducation.

Tôt ou tard, le gouvernement ontarien devra intervenir dans le dossier, de la seule manière envisageable : en mettant un terme à cette forme d'assimilation par la bande, aussi pernicieuse qu'inacceptable.

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