Pour un système en bonne santé

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Le Québec compte 20 % de plus de médecins que l'Ontario. Pourtant, la Belle Province compte 40 % moins d'habitants que sa voisine : 8,2 millions comparativement à 13,6 millions, selon les plus récentes données de Statistique Canada. Comment, dès lors, expliquer les dizaines de milliers de patients orphelins québécois (dont 30 000 uniquement dans la région) ainsi que la disparité entre les temps et listes d'attente pour consulter un médecin de famille ou un spécialiste d'un côté et de l'autre de la rivière des Outaouais ? En ce qui a trait à l'accès aux soins de santé primaires, la situation actuelle au Québec va carrément à l'encontre de toute logique mathématique.

Selon une étude publiée en mai dernier par l'Institut C.D. Howe, 15 % des Québécois sondés en 2012 n'avaient pas de médecin de famille ; ils étaient quatre fois plus qu'en Ontario dans cette situation. De plus, le nombre moyen de patients par médecin au Québec s'établissait à 1081, alors qu'il s'élevait à 1539 en Ontario.

Le ministre de la Santé Gaétan Barrette prétend combler cet écart par la loi 20, notamment en imposant aux médecins de famille un nombre minimum de patients (pour une moyenne pondérée de 2000 consultations par année), mais en continuant à les obliger à travailler 12 heures par semaine dans un hôpital ou un CHSLD.

C'est là que le bât blesse. Le rapport de l'Institut C.D. Howe fait ressortir une donnée particulièrement éloquente : au Québec, un médecin consacre en moyenne 34,9 heures par semaine aux soins de première ligne, tandis que cette moyenne grimpe à 43 heures en Ontario. Entre autres raisons parce que les médecins ontariens peuvent consacrer tout leur temps à leur clinique, puisqu'ils ne sont pas contraints de pratiquer en milieu hospitalier.

L'enjeu est d'autant plus important pour l'Outaouais, où les mauvaises nouvelles s'accumulent depuis le début de l'année et où les besoins demeurent toujours criants.

Le partenariat entre la Coop Santé Gatineau et la clinique privée ontarienne Appletree, qui devait permettre de diminuer le nombre de patients orphelins, ne s'est pas concrétisé. Avec pour résultat que la coopérative se retrouve aujourd'hui sous la protection de la Loi sur la faillite et l'insolvabilité.

De passage à Gatineau lundi, le président de la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec, le Dr Louis Godin, a pour sa part soulevé le « risque important » d'un exode de ses membres de l'Outaouais vers l'Ontario si la loi 20 est adoptée. Une menace qui n'est toutefois pas brandie pour la première fois, ici, loin s'en faut.

Cela dit, dans la liste des régions dites intermédiaires et éloignées, l'Outaouais continue de faire figure de parente pauvre. Les Plans régionaux d'effectifs médicaux (PREM) 2015 ont permis à la Mauricie/Centre-du-Québec (classée au deuxième rang des régions quant au nombre de postes disponibles) de trouver les médecins et spécialistes nécessaires pour combler les 25 postes qui y étaient disponibles. De son côté, l'Outaouais trône au sommet de ce palmarès avec 33 postes affichés et recherche toujours... 22 médecins pour répondre aux besoins de sa population.

Le système de santé québécois a été réinventé par plus d'un gouvernement au pouvoir depuis l'implantation de la carte-soleil en 1970. Sa voisine, elle, réussit à être plus efficace avec moins de médecins tout en ayant plus de citoyens à soigner. Plutôt que de chercher le remède miracle, le Québec gagnerait à étudier attentivement le modèle ontarien, afin de trouver des solutions aux problèmes récurrents de son système, visiblement affaibli par les remises en question perpétuelles.

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