Des gestes à la parole

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Après la déclaration d'amour, le procès d'intention. Au coeur de la controverse: la télé et la radio de Radio-Canada. Plus que son avenir, c'est son intégrité même que le premier ministre Stephen Harper remet en cause et accusant ses salariés de détester les valeurs conservatrices prônées par son parti.

Dimanche, quelque 125 artistes et artisans de la société d'État entonnaient en choeur Tout l'monde en même temps de Louis-Jean Cormier, à Montréal. Ce concert s'inscrivait dans la vaste campagne Sauvons Radio-Canada, en réaction aux nombreuses coupes budgétaires imposées au diffuseur au cours des deux dernières années et qui fragilisent de plus en plus son mandat d'informer d'un océan à l'autre.

Lundi, au micro du FM 93, station de radio privée de Québec, Stephen Harper répliquait en quelque sorte à ce rassemblement en soutenant que «beaucoup» d'employés de Radio-Canada «détestent» les valeurs de son gouvernement.

Le premier ministre, qui refuse de s'excuser pour ses propos, a sans contredit le droit de critiquer l'institution. On peut toutefois se demander s'il se permettrait de formuler aussi ouvertement les mêmes réserves quant aux allégeances présumées des fonctionnaires de l'Agence du revenu ou de tout autre ministère...

Stephen Harper a aussi le droit de sabrer dans le financement de Radio-Canada. Les libéraux fédéraux n'ont pas hésité à le faire avant lui.

Dans le cas précis du diffuseur public, il a cependant exprimé tout haut ce qu'il fait tout bas depuis quelques années déjà.

Il est passé des gestes à la parole.

On peut surtout se questionner sur les réelles intentions se cachant derrière les récentes accumulations de compressions substantielles, nominations partisanes au conseil d'administration de CBC/Radio-Canada et convocations de ses dirigeants à des commissions parlementaires (Hubert Lacroix était justement de retour à Ottawa, mardi, devant un comité sénatorial; il a refusé de commenter directement la sortie de M. Harper).

Il devient primordial de rappeler une nuance essentielle: Radio-Canada est peut-être une société d'État, sa télévision et sa radio demeurent publiques. Sa mission n'est donc pas de représenter le gouvernement en place ni d'en véhiculer l'idéologie, mais bien de servir la population, à l'instar de la Gendarmerie royale du Canada, par exemple.

M. Harper, c'est bien connu, apprécie cependant contrôler les messages émanant de son parti, ainsi que des ministères et autres institutions qu'il chapeaute. Il y parvient habituellement en empêchant ses ministres et députés (voire des scientifiques ou tout autre représentant d'une agence gouvernementale) d'accorder des entrevues, ou en leur tapant sur les doigts ensuite s'ils se sont trop éloignés de la ligne de pensée dictée.

Cette méthode est impossible à imposer aux professionnels de Radio-Canada. Et c'est tant mieux. Ces derniers doivent avoir les coudées franches pour exercer leur métier comme il se doit dans un pays libre et démocratique.

À l'époque, l'ancien premier ministre libéral Pierre Elliott Trudeau voyait en Radio-Canada un nid de séparatistes. Aujourd'hui, Stephen Harper compare le diffuseur à un repaire de «gauchistes».

Comme quoi, d'une génération à l'autre, les artisans de la télé et de la radio publiques irritent les détenteurs du pouvoir et, du même coup, remplissent leur mandat d'informer les citoyens afin que ceux-ci puissent se forger leur propre opinion sur les divers enjeux les touchant. Qu'on aime ou pas ce qu'on entend sur ses ondes, c'est cette indépendance d'esprit qu'il faut préserver.

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