Goodbye, M. Baird

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John Baird a dit au revoir à la politique, mardi, comme il avait déjà fait imprimer certaines de ses cartes de visite de ministre des Affaires étrangères: en anglais seulement. Son discours en Chambre, au cours duquel il a annoncé son retrait de la vie publique sans prononcer un seul mot en français, aura ainsi été à l'image de son profond et désolant désintérêt pour le bilinguisme.

Pourtant, l'homme sait s'exprimer dans l'«autre» langue officielle. Qu'il se soit obstiné à ne pas en faire un atout politique à son arrivée sur la scène fédérale relève du véritable mystère. Car s'il l'avait fait, c'est plus qu'un très bon politicien et un orateur combatif qui aurait été salué aux Communes mardi, mais un grand Canadien. Et un premier ministre potentiel.

La majorité des francophones du pays ne pleureront pas le départ de John Baird. Du moins, pas les Franco-Ontariens, qui gardent en mémoire le rôle joué par cet ancien ministre des Affaires francophones de l'Ontario sous Mike Harris dans la cause de l'hôpital Montfort et dans la création de la nouvelle Ville d'Ottawa sans statut bilingue, au tournant des années 2000.

Cela dit, la démission d'un membre aussi influent de son cabinet représente un indéniable coup dur pour le premier ministre Stephen Harper. Ce dernier perd un soldat aussi fidèle qu'efficace sur le terrain. M. Baird a su relever chaque défi avec fougue et conviction, passant du ministère de l'Environnement à celui des Affaires étrangères, négociant le retrait du Canada du protocole de Kyoto et maintenant des relations cordiales avec le secrétaire d'État américain John Kerry, alors que celles entre le président Barack Obama et M. Harper s'avèrent plutôt tendues.

À titre de ministre des Affaires étrangères, il n'a pas hésité à critiquer ouvertement l'ONU, ni à assumer les positions pro-israéliennes de son parti. Pas plus qu'à descendre dans les rues de Kiev parmi les Ukrainiens pro-Europe pour manifester contre le gouvernement pro-russe pourtant dûment élu.

Que l'on soit en accord ou non avec les politiques conservatrices prônées par son gouvernement, force est de reconnaître que M. Baird a su les défendre avec opiniâtreté.

John Baird pesait aussi très lourd dans la région, à titre de député d'Ottawa-Ouest-Nepean depuis 2006, mais surtout en tant que ministre responsable de la Commission de la capitale nationale (CCN) depuis 2011. Il est intervenu dans des dossiers aussi délicats que le train léger, le déménagement du Musée des sciences et de la technologie et la fermeture de la rue Gamelin à Gatineau, entre autres. Son départ modifiera sans contredit l'équilibre entre les paliers fédéral et municipal. Le maire Jim Watson, un ancien ministre libéral à Queen's Park, a dû pousser un soupir de soulagement en apprenant sa démission.

M. Baird s'est fait plutôt avare de commentaires sur le «nouveau chapitre» qu'il entame. Tout porte à croire qu'il se tournera vers le secteur privé pour poursuivre sa carrière.

Quitte-t-il pour mieux revenir dans quelques années pour remplacer Stephen Harper, actuellement trop bien en selle à la tête du Parti conservateur? Le scénario relève du plausible: John Baird a beau être un homme de main fidèle, il n'en demeure pas moins une bête politique ambitieuse et lucide. Il sait qu'il ne peut devenir calife à la place du calife en ce moment. Mais s'il aspire vraiment à devenir premier ministre du pays un jour, le fait de ne pas avoir prononcé un seul mot en français dans son allocution de mardi reviendra sans l'ombre d'un doute le hanter.

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