Ne pas faire bande(s) à part

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Répression, arrestations, concertation, interventions et prévention : la crainte d'une balle perdue lors d'une fusillade entre bandes de rue rivales à Ottawa est enfin parvenue à convaincre les divers intervenants de faire rimer leurs intentions.

Les souliers en grappe sur les fils électriques pour marquer les territoires d'un gang ou d'un autre, dans différents quartiers de la capitale, ne sont pas apparus hier. L'Unité des bandes de rue du Service de police d'Ottawa (SPO) est en place depuis 2001. Son Équipe d'intervention directe existe depuis 2007. Le phénomène, loin d'être nouveau, est documenté, suivi de près. Les plus récents chiffres rendus publics par la police font état d'une quinzaine de gangs répertoriés sur le territoire de la Ville. Ils réunissent entre 400 et 500 membres ou associés.

Si les Crips et les Bloods s'affrontaient à une certaine époque, les groupes d'aujourd'hui sont plus éclatés, indépendants, nombreux et mouvants, y compris jusque du côté de Gatineau. Ils ont aussi plus facilement accès aux armes de poing de contrebande (qui représentent plus de 50 % de la cinquantaine d'armes à feu liées à un crime saisies par le SPO en 2014), et sont plus décidés à en faire usage pour régler leurs comptes.

L'explosion du nombre de fusillades liées aux bandes de rue d'Ottawa, passé de 30 en 2013 à 49 l'an dernier, a donc de quoi inquiéter. D'autant que cette augmentation notable pourrait notamment refléter les aspirations de quelques « alphas » d'ici d'établir leur réputation à l'approche de la remise en liberté de membres des Hells Angels incarcérés à la suite de l'opération SharQc.

Dans un tel contexte, le maire Jim Watson et le chef du SPO Charles Bordeleau redoutent tout autant que leurs concitoyens les dommages collatéraux d'une éventuelle escalade des tensions.

La Ville d'Ottawa doit rapidement et concrètement coordonner ses interventions, si elle ne veut pas que cela survienne. La police d'Ottawa a fait « une priorité opérationnelle absolue » de la lutte aux bandes de rue et aux armes à feu cette année, entre autres en doublant ses effectifs affectés à cette dernière. Pour remplir sa mission, elle doit aussi pouvoir arrimer ses interventions à celles d'organismes communautaires visant à diminuer le pouvoir d'attraction de ces groupes sur les jeunes.

Le maire Watson l'a compris. Il réitérait, lundi, son intention de débloquer de l'argent lors de l'adoption du budget le 11 mars prochain pour établir des « stratégies de sortie » devant permettre aux membres de bandes de rompre avec la rue et le milieu criminel pour intégrer le marché du travail. À Winnipeg, la proposition d'un tel programme, misant notamment sur des mentors pour persuader ces jeunes à briser le cercle vicieux dans lequel ils vivent et les accompagner dans leur démarche, est évaluée entre 1 million $ et 2 millions $ par année.

À l'urgence de réagir pour éviter le pire, les élus ne pourront pas répondre par des solutions temporaires ou des investissements de fonds ponctuels. Contrer les bandes de rue signifie s'attaquer à l'exclusion, à la pauvreté et au manque d'éducation, entre autres. Qu'ils soient appliqués en amont ou en aval du problème, les programmes retenus devront être concertés et s'inscrire dans le long terme, comme le rappelait la directrice générale de Prévention du crime Ottawa, Nancy Worsfold, plus tôt cette semaine.

Pour le maire Jim Watson, c'est là la « stratégie de sortie » pour garder sa ville tranquille.

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