La tutelle comme statut particulier

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En santé, l'Outaouais a sans contredit un statut particulier: elle s'avère l'unique région du Québec où un établissement du milieu est mis sous tutelle par le gouvernement pour la troisième fois au cours des 15 dernières années. En fait, seul le Centre universitaire de santé McGill s'est aussi retrouvé sous administration provisoire, en 2006, mais pour d'autres raisons.

Que le Centre de santé et des services sociaux de Gatineau (CSSSG) soit ainsi mis sous tutelle, même temporairement et pour une deuxième fois en 10 ans, reflète un indéniable problème minant le milieu de la santé dans la région. L'ancien CHVO l'avait également été, de 2000 à 2002, après la démission de son conseil d'administration.

Les plus récentes données du Commissaire à la santé et au bien-être du Québec démontrent que l'Outaouais reçoit 161 millions$ de moins que les autres régions intermédiaires (2082 $/habitant contre 2520 $/habitant) pour financer les soins offerts à sa population.

Écartant la piste du sous-financement chronique, le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, justifie plutôt sa décision de suspendre les pouvoirs des membres du conseil d'administration du CSSSG en dénonçant une «culture du déficit» trop longtemps tolérée.

Une telle «culture» ne peut être imputable uniquement à la mauvaise gouvernance des fonds publics. Pas quand il s'agit d'une troisième tutelle en 15 ans.

Elle ne peut non plus être imputable à l'«insubordination» de Bruno Bonneville, qui présidait jusqu'à lundi le conseil d'administration du CSSSG. En présentant un budget au déficit appréhendé de 5,6 millions$ pour 2014, M. Bonneville soutenait ne plus pouvoir couper sans réduire les services aux patients.

Le ministre Barrette s'avère convaincu du contraire. Pour faire le ménage, il a donc déplacé le patron de l'Agence de santé de l'Outaouais, Jean Hébert, à la tête du CSSSG pour les six prochains mois. Le Dr Barrette croit que M. Hébert réussira à atteindre le déficit zéro. Ou, du moins, qu'il «essayera» d'y parvenir en mettant en oeuvre les mesures préconisées dans le rapport de la firme Raymond Chabot Grant Thornton, tempérait-on dans l'entourage du ministre.

Dans ce rapport, la firme propose entre autres de couper 500000 $ dans l'organisation des cliniques externes en 2015-2016, cliniques qui servent normalement à désengorger les hôpitaux. Où ces patients iront-ils pour obtenir les services, consultations ou soins dont ils ont besoin? Se dirigeront-ils vers les organismes communautaires, dont on sabre aussi les budgets? À moins qu'on espère qu'ils traversent la rivière pour se rendre dans les hôpitaux d'Ottawa, auxquels, bon an mal an, la Régie de l'assurance-maladie du Québec verse quelque 100 millions$?

Le ministre Barrette se défend de vouloir faire un exemple de la région. À la lueur du dernier développement dans le bras de fer opposant Québec et le CSSS de Gatineau, on demeure en droit de se questionner sur sa définition réelle du statut particulier de l'Outaouais en santé.

Dans ce contexte, la ministre Stéphanie Vallée et ses collègues libéraux auront des comptes à rendre aux citoyens sur les implications concrètes du remède imposé par le Dr Barrette. Car s'ils peuvent se faire les messagers de leur gouvernement auprès de la population gatinoise, ils ont aussi été élus pour défendre le message des électeurs auprès du gouvernement.

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