Trump, les illégaux et le Canada

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Mis en place en 2012 par décret par Barack Obama, le programme DACA (Deferred Action for Childhood Arrivals), auquel l'administration Trump a décidé de mettre fin, avait pour objectif de faire sortir de l'ombre les enfants arrivés illégalement aux États-Unis avec leurs parents.

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ÉDITORIAL / Les États-Unis, déjà profondément divisés autour de la présidence de Donald Trump, se sont fait servir une autre ligne de faille avec la fin annoncée de permis de résidence pour 800 000 immigrants arrivés pendant leur enfance.

Des étudiants sont spontanément descendus dans la rue, les abords de la Maison-Blanche ont été occupés, même Barack Obama est sorti de son proverbial devoir de réserve dans l'espoir de sauver son programme d'accueil, baptisé DACA. 

Beaucoup de ces enfants sont aujourd'hui dans la vingtaine. Ils sont à l'image des jeunes de leur génération : sur le marché du travail, à l'université, responsables de familles, etc. Mais leur statut en sol américain a toujours été précaire, sujet à renouvellement tous les deux ans. Par la voix de son ministre de la Justice, M. Trump a démarré le compteur d'une possible déportation vers le pays que leurs parents ont quitté pour entrer illégalement aux États-Unis au cours des 20 ou 25 dernières années.

Si les Canadiens doivent regarder cette autre crise trumpienne du coin de l'oeil, c'est qu'elle pourrait provoquer un autre afflux de migrants irréguliers à notre frontière. Une vague d'immigrants, principalement haïtiens, semble s'essouffler entre le Québec et l'État de New York, et le pays peine à absorber quelque 30 000 migrants de la Syrie, arrivés fin 2015, début 2016. Cela provoque d'intenses pressions sur Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada, qui doit analyser toutes ces demandes, et sur la capacité de nos communautés à offrir un accueil raisonnable à ces populations.

Plus important encore, ces milliers de personnes qui arrivent en nos murs ont stimulé des réactions de méfiance, voire d'intolérance dans certains milieux. Au Québec, cela a ravivé le regard suspect de citoyens « de souche » à l'endroit d'étrangers qui ont des pratiques culturelles et religieuses fort différentes des nôtres. Ces Néo-Canadiens de confession musulmane sont tout particulièrement ciblés.

L'annonce du président Trump ne devrait pas provoquer de mouvement de panique instantanée puisqu'il a mis le Congrès au défi de réécrire la loi d'ici six mois. Ainsi, le litige pourrait se résorber d'ici là. Mais compte tenu des grandes difficultés de son administration à légiférer, et à la division qui règne même au sein du Parti républicain affilié au président, les jeunes illégaux des États-Unis ont raison d'être pessimistes. Appelés « Dreamers », leurs rêves pourraient s'évaporer.

Pendant ce temps, Donald Trump recrée un schisme dans son pays tout en caressant les idées simplistes de sa base électorale qui demeure convaincue que ces illégaux leur ont volé des millions d'emplois. 

Aux Américains de se dépêtrer avec leur président et son programme primaire.

Mais au Canada, l'émergence de groupes intolérants comme La Meute devrait alerter le gouvernement de Justin Trudeau à l'urgence de bien communiquer nos politiques d'accueil et d'intégration. Nous n'en sommes pas à la crise de société, mais les attaques répétées à l'endroit de musulmans, associés à des terroristes islamistes, doivent servir d'avertissement. Il y a moyen d'être une terre d'accueil comme le vante M. Trudeau, et de faire respecter les politiques d'immigration que nous avons mises en place. Plusieurs ministres le répètent, mais ces rappels ne sont pas toujours bien compris. Le gouvernement doit aussi être plus limpide sur les nombres d'immigrants reçus, et doit appuyer financièrement et logistiquement les provinces qui ont la tâche de les intégrer. Au Québec, s'ajoute le défi supplémentaire de la maîtrise du français. Ce sont ces rappels qu'annonce indirectement l'annonce du gouvernement Trump à propos de ces Dreamers.




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